Dans le privé, le salaire repasse devant le temps libre désormais

Une étude montre un basculement net chez les salariés du privé : mieux vaut gagner plus, même avec moins de temps libre. L’inflation pèse lourd.

Salaires inflation argent
Image d'illustration. Salaires, inflation, argent — ADN
  • Le salaire redevient la priorité
  • Un écart persiste avec les dirigeants
  • Les petites entreprises restent désavantagées

Depuis 2008, on n’avait pas vu ça. D’après une étude de la Fondation Travailler autrement, réalisée par l’Ifop pour le Diot-Siaci Institute, 61 % des salariés du privé disent désormais préférer gagner plus, même au prix de moins de temps libre. Ce n’est pas un détail. C’est un basculement assez net dans la façon de regarder le travail.

Un retour brutal du salaire au premier plan

Après le Covid, beaucoup de salariés semblaient prêts à accepter moins d’argent pour vivre un peu mieux. Cette parenthèse s’est refermée. L’étude explique ce retournement par l’inflation et par le poids des dépenses contraintes, qui remettent le pouvoir d’achat au centre.

Dans ce contexte, l’augmentation de salaire arrive largement en tête des attentes. Elle est citée par 67 % des salariés, loin devant l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, ou encore les avantages annexes. Bref, le rapport au travail change quand le budget du mois se tend.

Le décalage entre salariés et employeurs se creuse

L’étude montre aussi un vrai fossé de perception. Côté salariés, 63 % estiment être correctement rémunérés. Côté employeurs, ils sont 89 % à considérer que la rémunération proposée permet de vivre dignement. Résultat, un écart de 26 points, qui dit beaucoup du malentendu.

Même chose sur la transparence. Les dirigeants sont 87 % à juger leur communication claire sur le sujet de la rémunération. En face, seuls 62 % des salariés partagent ce sentiment. On parle souvent du salaire comme d’un chiffre. En réalité, il y a aussi la façon dont il est expliqué, comparé, justifié.

La taille de l’entreprise change concrètement la donne

C’est sans doute le point le plus concret de l’étude. Tous les salariés ne sont pas logés à la même enseigne selon la taille de l’entreprise. Dans les TPE de moins de 20 personnes, le salaire moyen atteint 1.953 euros net par mois. Dans les entreprises de plus de 1.000 salariés, il grimpe à 2.643 euros.

L’écart est de 690 euros par mois. Et il ne s’arrête pas là. Les avantages complémentaires, comme l’intéressement, une mutuelle renforcée ou les titres-restaurant, concernent 60 % des salariés des petites structures, contre 89 % dans les grandes.

Pour Patrick Levy-Waitz, président de la Fondation Travailler autrement, « Tous les salariés ne sont plus égaux face à la protection économique offerte par le travail ». C’est probablement le vrai sujet derrière les chiffres. Le travail ne protège pas de la même manière selon l’entreprise, et ce décalage risque de peser de plus en plus dans les choix des salariés.