En bref
- La graisse brune est liée à moins de diagnostics psychiatriques
- L’étude porte sur plus de 100.000 patients
- Le lien observé ne prouve pas une cause
On associe souvent la graisse à un problème. Là, le tableau est plus nuancé. Une étude publiée dans Nature relie la graisse brune, un tissu qui aide le corps à produire de la chaleur, à moins de diagnostics enregistrés d’anxiété et de dépression.
Une graisse à part, visible sur les scanners
Cette graisse ne ressemble pas à celle qu’on évoque d’habitude. On la trouve notamment au niveau du cou, près des clavicules et sous les aisselles. Quand le froid l’active, elle brûle de l’énergie pour réchauffer l’organisme.
Elle a aussi une particularité pratique pour la recherche. Comme elle capte le sucre radioactif utilisé lors de certains examens PET/CT, elle apparaît sur les images médicales. C’est ce qui a permis aux chercheurs de l’étudier chez des patients suivis au Memorial Sloan Kettering Cancer Center, à New York.
Moins de diagnostics relevés chez les patients concernés
Les chercheurs ont examiné les dossiers de plus de 100.000 patients, en croisant les scanners, les diagnostics et les traitements. Ils ont ensuite comparé des groupes appariés selon l’âge, le sexe, l’indice de masse corporelle et la température extérieure.
Résultat, les épisodes dépressifs étaient notés chez 5,4 % des patients avec graisse brune détectable, contre 8,2 % chez ceux qui n’en présentaient pas. Les diagnostics de troubles anxieux étaient eux aussi moins fréquents. Et le lien tenait encore après prise en compte du tabagisme, du type de cancer, du stade de la maladie, des traitements et d’autres facteurs.
Selon Nicolás Gómez-Banoy, chercheur à Rockefeller University, l’équipe a surtout été surprise par l’absence de travaux antérieurs sur un possible lien entre graisse brune et humeur. En 2021, elle avait déjà relié ce tissu à moins de diabète et de maladies cardiovasculaires.
Le métabolisme comme piste, les médicaments comme indice
L’hypothèse avancée passe par le métabolisme. Les patients avec graisse brune détectable avaient aussi des mesures de glycémie plus basses, y compris un marqueur du sucre sanguin sur la durée. Nicolás Gómez-Banoy estime que l’explication la plus plausible tient à un meilleur profil métabolique, à une répartition plus saine des graisses et à des marqueurs inflammatoires plus faibles, des éléments déjà liés à de meilleurs résultats psychiatriques.
L’équipe a aussi utilisé un outil d’intelligence artificielle chez environ 8.700 patients pour mesurer le volume de graisse brune et sa consommation de glucose dans six zones du corps. Une activité plus élevée sous les aisselles était surtout associée à une meilleure santé cardiovasculaire et métabolique.
Côté médicaments, les patients prenant certains antidépresseurs ISRS avaient moins souvent de graisse brune détectable. À l’inverse, certains traitements contre l’hypertension y étaient associés plus souvent. L’un d’eux, le losartan, a été testé sur des cellules de graisse brune cultivées en laboratoire et chez la souris, avec une activité accrue et une dépense énergétique plus élevée.
Des résultats prometteurs, mais loin d’une preuve
Mais l’étude reste rétrospective. Nicolás Gómez-Banoy le dit clairement dans ScienceAlert, « étant donné que notre étude est rétrospective, il est important de noter que ces résultats sont des associations et ne démontrent pas une causalité ».
Autre limite, tous les patients venaient d’un centre anticancer, et plus des trois quarts des groupes appariés étaient des femmes. Les types de tumeurs et les traitements différaient aussi entre les groupes. Bref, un signal sérieux, mais encore loin d’un verdict. La suite logique, pour l’équipe, sera de suivre dans de futurs essais si l’activation de la graisse brune fait aussi évoluer l’anxiété ou la dépression.