En bref
- Un ARNt influence la résistance tumorale
- Des tumeurs redeviennent sensibles au traitement
- La piste pourrait dépasser la prostate
Quand un cancer de la prostate ne répond plus aux traitements, le problème n’est pas seulement la croissance de la tumeur. Il y a aussi un basculement de son identité cellulaire. C’est ce virage que des chercheurs de Fred Hutch, aux États-Unis, disent avoir mieux cerné.
Quand la tumeur change de visage
Le cancer de la prostate fait partie des principales causes de cancer chez les hommes. Au départ, beaucoup de tumeurs dépendent du récepteur des androgènes, une protéine qui alimente leur croissance et sert de cible aux traitements classiques.
Mais avec le temps, une partie de ces tumeurs devient moins dépendante de ce récepteur. Et là, tout se complique. Elles deviennent plus agressives, et surtout moins sensibles aux thérapies dirigées contre cette voie.
Un ARNt jusque-là relégué au second plan
L’étude, publiée dans Nature, met en avant un acteur rarement placé au centre du débat, un ARN de transfert, ou ARNt. Ces molécules interviennent dans la traduction de l’ARN messager, autrement dit dans la fabrication des protéines.
Pour Andrew Hsieh, co-auteur principal et responsable au sein de Fred Hutch, cette découverte ouvre un champ nouveau de la biologie du cancer. Il estime que l’on a longtemps considéré les ARNt comme des exécutants secondaires, alors que leurs travaux montrent qu’ils peuvent agir sur l’identité même des cellules cancéreuses.
Des essais sur cellules, souris et tumeurs humaines
La première autrice, Yeon Soo Kim, a cherché à comprendre comment la synthèse des protéines intervient quand la maladie devient plus agressive. Son équipe a travaillé sur des lignées cellulaires, des modèles de souris et des échantillons tumoraux issus de patients.
Le même signal est revenu dans tous ces modèles. Un ARNt précis, nommé tRNA1Arg(UCU), apparaît à des niveaux élevés dans les cellules encore dépendantes du récepteur des androgènes. À l’inverse, il baisse dans les tumeurs résistantes au traitement.
Résultat, quand cet ARNt est réintroduit dans des tumeurs résistantes, celles-ci peuvent redevenir sensibles aux thérapies ciblant le récepteur des androgènes. Yeon Soo Kim résume l’idée ainsi : « Nous avons découvert que nous pouvons faire passer l’état cellulaire d’une dépendance à une indépendance du récepteur des androgènes avec un seul ARNt ».
Biomarqueur, cible thérapeutique, et peut-être au-delà
L’équipe regarde maintenant comment utiliser cet ARNt comme biomarqueur ou comme cible thérapeutique dans les formes agressives de la maladie. L’enjeu, c’est d’orienter des traitements plus précis, ou d’en imaginer de nouveaux.
Et ce n’est peut-être pas limité à la prostate. Yeon Soo Kim pense que cette approche pourrait aussi servir dans d’autres cancers qui changent d’identité après traitement, notamment ceux du sein ou du poumon. Ce qui se joue ici dépasse donc un mécanisme isolé, cela touche à la manière dont certaines tumeurs apprennent à contourner les médicaments.