Au Kenya, la mort de vingt éléphants reste un vrai mystère

Dans la région d’Amboseli, au moins 20 éléphants sont morts avec les mêmes symptômes. Maladie, cyanure, empoisonnement: aucune piste ne convainc vraiment.

Éléphants immobiles dans la plaine
Image d'illustration. Au moins 20 décès sont recensés. — ADN

En bref

  • Au moins 20 éléphants sont morts
  • Les symptômes observés sont similaires
  • Aucune cause ne s’impose encore

Au moins 20 éléphants sont morts dans la région d’Amboseli, dans le sud du Kenya, et les autorités comme les habitants peinent encore à dire pourquoi. Le point commun, lui, est clair: les animaux présentaient les mêmes symptômes, avec une paralysie partielle qui les empêchait de rester debout.

Un bilan qui s’alourdit dans la région d’Amboseli

Le cas de Gengis Khan, un jeune mâle de 11 ans, a marqué les esprits. Des vétérinaires ont tenté de le maintenir en vie avec du glucose, sans parvenir à enrayer son état. Il est mort après près d’une semaine d’agonie.

Dans cette zone de savane dominée par le Kilimandjaro, tout près de la Tanzanie, les décès touchent surtout des femelles et des jeunes. Patrick Papatiti, responsable des opérations sur les terres communautaires d’Olgulului, qui abritent la réserve de Kitenden B, décrit des animaux qui marchent mal, respirent difficilement et restent agités. Puis ils s’effondrent. Et ne se relèvent plus.

La piste du cyanure ne fait pas l’unanimité

Fin juillet, le Service kényan de la vie sauvage, le KWS, a indiqué avoir retrouvé une forte concentration de cyanure dans l’organisme des carcasses. L’organisme évoque un produit qui pourrait venir de pesticides pulvérisés sur des fruits cultivés autour de la zone.

Mais sur place, cette explication convainc peu. Patrick Papatiti défend plutôt l’idée d’une maladie, sans être capable de l’identifier. Il insiste sur un point: aucun autre animal n’a été retrouvé mort après avoir consommé les carcasses, ni les charognards, ni même les mouches. Pour lui, si un produit chimique était en cause, les effets ne se limiteraient pas aux seuls pachydermes.

Même réserve sur l’hypothèse d’une plante fourragère contaminée. Là encore, les habitants relèvent que le bétail local aurait aussi dû être touché.

Ni maladie contagieuse, ni hostilité assumée des habitants

Le KWS écarte, à ce stade, la thèse d’une maladie contagieuse. L’organisme a aussi appelé les touristes à continuer de se rendre dans le secteur.

Dans la réserve de Kimana, six carcasses plus ou moins récentes ont été observées, avec les mêmes signes cliniques. Parmi elles, un éléphanteau de quatre mois, une éléphante et son fœtus presque à terme.

La thèse d’un empoisonnement volontaire est, elle aussi, rejetée par les riverains. Noah Saatia, agriculteur massaï, assure que les habitants n’éprouvent aucune hostilité envers les éléphants. Selon lui, si la communauté avait voulu s’en prendre aux animaux, cela aurait commencé depuis longtemps.

Pourquoi l’affaire dépasse le seul sort des pachydermes

Paula Kahumbu, présidente de la fondation Wildlife Direct, souligne le manque de preuves derrière la piste des pesticides. Elle relève aussi que peu de mâles adultes sont morts, alors que ce sont eux qui s’attaquent le plus aux cultures.

La prudence reste forte, et elle se comprend. Environ 2.000 éléphants vivent dans cette zone où l’agriculture progresse et où les tensions avec la faune existent déjà. Au Kenya, le dossier est sensible: la vie sauvage pèse dans l’image du pays et dans ses revenus touristiques. Plusieurs organisations environnementales se bornent donc à demander une enquête. Les rangers de Kimana, eux, disent ne pas être autorisés à parler.

Jérôme Nelra

Spécialiste International

X Tous ses articles →
Une erreur dans cet article ?

Nous apportons le plus grand soin à chaque article et nous appuyons sur des sources fiables. Personne n'est à l'abri d'une erreur : si vous en repérez une, signalez-la, nous la corrigerons au plus vite.

Sujets
Animaux Kenya

Lisez 24matins en priorité sur Google

Ajoutez-nous à vos sources préférées : nos articles remonteront plus haut dans votre actualité.

Ajouter à mes sources

À découvrir

La suite, sélectionnée pour vous.