En bref
- LEAP2 augmente au début de l’hospitalisation
- La hausse réapparaît chez les patientes en rechute
- Un biomarqueur pourrait aider à mieux suivre
Près de 40 % des patientes hospitalisées pour une anorexie mentale sont réadmises dans les six mois suivant leur sortie. C’est dans cette zone grise, entre reprise de poids et risque de rechute, qu’une équipe française a identifié une piste biologique de plus en plus nette.
Une rechute fréquente, malgré la reprise de poids
L’anorexie mentale reste l’un des troubles psychiatriques les plus meurtriers. Virginie Tolle, neuroscientifique à l’Inserm, rappelle qu’elle combine restriction alimentaire volontaire et souvent hyperactivité, avec à la clé une dénutrition sévère, parfois vitale.
Aujourd’hui, il n’existe aucun médicament efficace pour traiter ce trouble. La prise en charge repose surtout sur la réalimentation et l’accompagnement psychologique. Mais la récupération prend des mois, et elle tient mal dans le temps. C’est ce qui rend la question métabolique si importante.
LEAP2, l’hormone qui brouille le signal de faim
L’étude, publiée dans Translational Psychiatry et présentée au forum 2026 de la Federation of European Neuroscience Societies, s’est appuyée sur 30 femmes âgées de 18 à 60 ans, toutes suivies pendant quatre mois dans un centre spécialisé.
Les chercheuses ont analysé leur sang avant le traitement, après la phase de réalimentation, puis six mois plus tard. Elles se sont concentrées sur la ghréline, hormone liée au signal de faim, et sur LEAP2, qui agit à l’inverse en freinant ce signal.
Résultat, les patientes présentaient à l’hospitalisation un niveau de LEAP2 environ 20 % plus élevé qu’après quatre mois de traitement, une fois le poids remonté. Et chez celles qui ont rechuté, LEAP2 repartait à la hausse. L’équipe a aussi observé que le ratio ghréline/LEAP2 était lié au contrôle des impulsions après restauration du poids, mais seulement chez les patientes dont la prise de poids restait stable après la sortie.
Chez la souris aussi, un lien avec l’impulsivité
En parallèle, les chercheurs ont testé cette piste chez des souris ayant perdu un quart de leur poids. Le protocole était simple, presque parlant : une petite récompense alimentaire tout de suite, ou un repas plus grand en attendant un peu.
Les animaux privés de nourriture se montraient plus impulsifs. Ce comportement diminuait seulement en partie après réalimentation. Et les niveaux élevés de LEAP2 restaient fortement associés à cette impulsivité persistante. Autrement dit, la restriction alimentaire ne modifie pas seulement le corps, elle semble aussi peser sur la décision face à la nourriture.
Vers un test pour repérer les patientes à risque
Si ces résultats sont confirmés sur un échantillon plus large, LEAP2 pourrait devenir un biomarqueur de rechute. Un test sanguin permettrait alors de suivre les patientes de plus près et d’ajuster les soins avant qu’une rechute ne s’installe.
Virginie Tolle estime que ces signaux métaboliques, censés réguler la faim, s’adaptent différemment dans l’anorexie et influencent aussi le cerveau ainsi que les processus de décision. Bon, on n’en est pas encore à un nouveau traitement. Mais la piste est sérieuse, parce qu’elle relie enfin deux dimensions que l’on sépare souvent trop vite : le métabolisme et le comportement.