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Alzheimer : un cas relance la piste psilocybine chez les aînés

Santé > Recherche > Cerveau > Alzheimer
Par Morgan Fromentin,  publié le 9 juin 2026 à 11h00.
Santé
Femme réfléchissant à sa quête de mémoire

Image d'illustration. Alzheimer, démence.ADN

Au Brésil, une patiente de plus de 80 ans atteinte d’Alzheimer avancé a montré des améliorations temporaires après des champignons à psilocybine.

En bref

  • Une patiente Alzheimer a temporairement retrouvé des capacités
  • Le cas a été observé au Brésil sous supervision
  • Les chercheurs appellent à des essais contrôlés

Chez une patiente brésilienne de plus de 80 ans atteinte d’un Alzheimer avancé, une forte dose de champignons contenant de la psilocybine a été suivie d’améliorations nettes, mais temporaires. C’est le signal fort d’une étude de cas publiée dans Frontiers in Neuroscience, et il faut le lire comme tel, un signal, pas une preuve.

Une amélioration visible, mais limitée dans le temps

Avant le traitement, la patiente ne parlait qu’en monosyllabes, échangeait très peu et dépendait largement d’une aide pour les gestes du quotidien. La première séance, menée au Brésil sous supervision clinique avec l’accord écrit de son représentant légal, reposait sur 5 grammes de champignons à psilocybine, une quantité très élevée.

Après cette prise orale, la femme est entrée dans un état proche d’un sommeil profond et prolongé. Environ 19 heures plus tard, elle s’est mise à parler seule pendant plusieurs heures. Dans les jours qui ont suivi, elle a pu tenir une conversation, sourire, soutenir le regard, marcher et s’habiller seule. Surtout, elle a retrouvé le contrôle de sa vessie, alors qu’elle souffrait d’incontinence chronique depuis plus de cinq ans.

Un mois plus tard, une seconde séance à 3 grammes a été réalisée. Cette fois, elle ne s’est pas endormie. Les chercheurs rapportent qu’elle est restée verbalement expressive, évoquant notamment des scènes chargées d’émotion, comme du surf avec son fils sur une île paisible.

Ce que l’étude suggère, et ce qu’elle ne prouve pas

L’équipe dirigée par Marcos Lago, de l’Université de São Paulo, insiste sur un point, ces observations ne doivent pas être interprétées comme une inversion de la pathologie d’Alzheimer. Leur hypothèse est plus prudente. Certaines capacités fonctionnelles pourraient rester présentes malgré la neurodégénérescence, puis redevenir momentanément accessibles dans certaines conditions neurobiologiques.

Mais le dossier a des limites très concrètes. Les chercheurs n’ont pas suivi l’activité cérébrale de la patiente ni son état de sommeil pendant l’expérience. Ils n’ont pas non plus utilisé d’échelles cognitives standardisées. Bref, on est face à une observation détaillée destinée à faire naître des hypothèses.

Pourquoi ce cas attire l’attention au-delà du Brésil

Ce cas n’arrive pas dans le vide. Partout dans le monde, des équipes testent l’effet de la psilocybine chez des personnes âgées souffrant de troubles psychiques ou cognitifs. Une enquête menée aux États-Unis auprès de plus de 3 000 adultes âgés de 42 à 92 ans a ainsi associé l’usage récent d’hallucinogènes à moins de symptômes dépressifs et à des évolutions jugées plus favorables de certaines fonctions cérébrales.

Les premiers essais cliniques ont aussi montré qu’une dose unique de 25 mg de psilocybine pouvait produire des changements cérébraux durables. On voit le contraste, la patiente brésilienne a reçu bien plus, à un niveau que l’usage récréatif décrit comme une dose « héroïque ».

Une dose hors norme sous surveillance clinique

C’est justement ce qui rend l’affaire intéressante et délicate à la fois. Les auteurs expliquent avoir choisi cette dose élevée à partir d’observations antérieures sur la profondeur et la durée des effets neurocomportementaux. Mais ces quantités comportent des risques, et personne ne sait encore à quel niveau la psilocybine pourrait être la plus sûre ou la plus utile.

Des essais cliniques randomisés seront donc nécessaires. Un pilote a déjà commencé pour évaluer, dans un cadre supervisé, si la psilocybine peut réduire la dépression et améliorer la qualité de vie de personnes souffrant d’un déclin cognitif léger ou d’un Alzheimer précoce. En 2023, le neuroscientifique Albert Garcia-Romeu, de Johns Hopkins University, rappelait d’ailleurs que « chez certains patients, la psilocybine aide beaucoup à réduire la dépression, l’anxiété et à améliorer la qualité de vie ». Pour la démence, on n’en est pas là. Mais la piste, clairement, ne peut plus être écartée d’un revers de main.

Le Récap
  • En bref
  • Une amélioration visible, mais limitée dans le temps
  • Ce que l’étude suggère, et ce qu’elle ne prouve pas
  • Pourquoi ce cas attire l’attention au-delà du Brésil
  • Une dose hors norme sous surveillance clinique
En savoir plus
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