Virus Usutu en Écosse, un signal inédit qui inquiète les chercheurs

Oiseaux et moustiques pres d une eau ecossaise
Image d'illustration. Moustiques et oiseaux sont surveillés. — ADN

Repéré pour la première fois en Écosse, le virus Usutu alerte les chercheurs. Il frappe surtout les oiseaux, sur fond de moustiques favorisés par la chaleur.

En bref

  • Le virus Usutu a été confirmé en Écosse
  • Il tue surtout des oiseaux, notamment des merles
  • La hausse des températures favorise les moustiques

Le virus Usutu a été confirmé pour la première fois en Écosse, après une série de morts d’oiseaux observées sur l’île d’Arran, au sud de Glasgow. Pour les chercheurs de l’université de Glasgow, cette détection marque un cap, car ce virus transmis par les moustiques circulait jusqu’ici bien plus au sud de l’Europe.

Une arrivée confirmée après des morts d’oiseaux

L’alerte remonte à l’été 2025. Des habitants d’Arran ont vu des merles affaiblis, désorientés, incapables de se nourrir, puis mourir par dizaines. Certains présentaient, selon les observations rapportées, le cou tordu.

Plusieurs mois plus tard, une vétérinaire locale a envoyé des dépouilles pour analyses. Le résultat a confirmé l’infection par Usutu, un virus transmis par des piqûres de moustiques.

Pourquoi l’Écosse n’était pas censée voir ce virus

Identifié en 1959 au Swaziland, aujourd’hui Eswatini, près d’une rivière dont il a pris le nom, le virus circule en Europe depuis les années 2000. Mais il n’avait encore jamais été détecté aussi au nord.

Pour Heather Ferguson, professeure d’écologie des maladies infectieuses à l’université de Glasgow, ce scénario paraissait hors de portée il y a encore quelques années. Elle résume ce basculement ainsi : « Si vous m’aviez demandé il y a 10 ans quel était le risque de voir apparaître une maladie transmise par les moustiques en Écosse, j’aurais pensé que je ne le verrais pas de mon vivant ».

Le moustique Culex pipiens, visé par les recherches de terrain, prospère autour de 25 °C. Or ces températures, autrefois rares au Royaume-Uni, deviennent plus fréquentes. En 2025, le pays a connu son année la plus chaude jamais enregistrée, avec 32,2 °C relevés en juillet à Aviemore, dans les Highlands.

Un risque humain encore limité, mais surveillé

À ce stade, la menace pour l’homme reste limitée. Une étude publiée fin 2024 dans la revue Viruses recense 235 cas humains.

Mais les chercheurs y voient un signal d’alarme. Heather Ferguson note que, dans d’autres régions d’Europe continentale, l’Usutu a parfois précédé des maladies plus graves, comme le virus du Nil occidental. Ce dernier a d’ailleurs été détecté pour la première fois dans des moustiques britanniques en mai 2025.

Les oiseaux en première ligne

Le premier sujet d’inquiétude concerne les oiseaux. L’Usutu a déjà décimé des populations de merles en Autriche en 2001, puis en Europe de l’Est en 2018. Le virus touche aussi plusieurs passereaux, des chouettes et des rapaces.

À Glasgow, des tests en laboratoire sont déjà en cours pour comprendre comment les moustiques transmettent ces virus aux animaux, et potentiellement à l’homme. Émilie Pondeville, chercheuse au centre de recherche sur les virus de l’université, rappelle que le froid bloque cette transmission, car le virus ne survit pas dans le moustique si la température est trop basse. Plus il fait chaud, plus les moustiques prolifèrent, et plus leur capacité de transmission augmente. C’est ce glissement-là que les équipes surveillent désormais de près.