Une peau artificielle pour prothèses veut repérer la douleur avant la blessure

Des chercheurs chinois ont mis au point un capteur à glisser dans l’emboîture d’une prothèse pour détecter les pressions à risque avant une lésion.

Capteur glissé dans une emboîture de prothèse
Image d'illustration. Un capteur vise à prévenir les lésions. — ADN

En bref

  • Un capteur vise les pressions dangereuses dans l’emboîture
  • Le prototype a été testé sur robot et humains
  • Les résultats restent encore préliminaires

Elle ne ressent pas la douleur. Mais elle en imite un mécanisme utile, celui qui sert d’alerte avant la blessure. Des chercheurs de Zhejiang University of Technology, en Chine, ont conçu une couche de capteurs à placer dans l’emboîture d’une prothèse, entre l’appareillage et le membre résiduel.

Une alerte inspirée de la douleur, pas une douleur artificielle

Le problème est connu. Une pression trop forte, mal répartie ou prolongée à l’endroit où la prothèse touche le corps peut provoquer inconfort, inflammation, ulcères, et aussi perturber l’équilibre ou le mouvement.

Le prototype présenté dans Cyborg and Bionic Systems surveille trois choses, où ça appuie, avec quelle force, et pendant combien de temps. Une pression brève est traitée comme un contact ordinaire. Si elle dure, se répète ou s’étend sur plusieurs points, le système déclenche un avertissement de risque pour les tissus.

Huaping Wu, auteur principal, précise que l’appareil ne ressent pas la douleur et n’en crée pas chez l’utilisateur. Il reproduit seulement certains mécanismes de traitement associés à la nociception, comme les seuils de déclenchement, l’accumulation dans le temps, l’addition de signaux venant de plusieurs zones, la mémoire et la sensibilisation.

Sur une main robotique, le seuil change après un premier signal

Avant les essais sur humains, l’équipe a installé un ensemble de quatre capteurs sur une main robotique. Avec une pression de 10 kilopascals appliquée pendant 0,21 seconde, rien d’anormal. À 0,49 seconde, le signal s’accumule, franchit le seuil d’alerte, puis la main se retire.

Et après cet événement de type blessure, la même pression provoque un retrait en seulement 0,06 seconde. Le système devient donc plus sensible. Pas parce qu’il « se souvient » au sens humain, mais parce que son seuil d’alerte a été modifié par conception.

Chez trois amputés, le système a repéré des appuis problématiques

L’essai de faisabilité a ensuite concerné trois personnes amputées sous le genou. Quatre points de mesure ont été placés dans leur prothèse, sur des zones jugées sensibles à partir de l’anatomie et de leurs gênes quotidiennes.

Les chercheurs ont enregistré les pressions pendant des phases assises, en marche, dans les escaliers, lors de sauts et en course. Pendant la course, le dispositif a notamment repéré une élévation excessive de la hanche, utilisée pour faire passer le pied prothétique. Résultat, une charge inégale et plus de pression à l’avant du membre résiduel. Le retour du système a aidé les participants à corriger leur démarche.

Pour comparer les alertes à l’évaluation humaine, l’équipe a croisé les notes de gêne données par les participants et l’observation de leurs expressions faciales. L’accord atteint 86,4 % pour les épisodes brefs d’inconfort, et 90,9 % pour les plus prolongés.

Un outil prometteur, mais encore loin d’un usage quotidien

Ce capteur ne remplace pas une prothèse complète. Il surveille surtout l’interface cachée entre le corps et l’appareil, là où les lésions peuvent se former. À terme, ces alertes pourraient pousser l’utilisateur à changer de position, se reposer, ajuster sa marche ou faire vérifier l’emboîture. Les données pourraient aussi aider les cliniciens à personnaliser le réglage et la rééducation.

Mais le prototype est encore filaire. Il doit devenir plus compact, moins gourmand en énergie et sans fil. Il faudra aussi vérifier sa tenue face aux charges répétées, à la sueur, aux variations de température, à la déformation de l’emboîture et aux exigences de protection médicale. Bon, l’idée est solide. Pour savoir si elle améliore vraiment le confort et protège les tissus au quotidien, il faudra désormais des études plus longues et sur davantage de patients.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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