En bref
- L’« abondance incroyable » est devenue un slogan central de Tesla.
- Elon Musk promet des robots capables de produire logements, soins et biens en masse.
- Pourtant, Tesla ne précise pas concrètement comment cette abondance serait possible.
Chez Tesla, le mot tourne en boucle depuis plus d’un an. Le problème, c’est que cette « abondance » vendue par Elon Musk et plusieurs dirigeants du groupe reste presque impossible à définir concrètement.
Un slogan partout, une définition nulle part
Le 1er septembre 2025, Elon Musk présentait le quatrième Master Plan de Tesla. Des fans, pourtant acquis à sa cause, l’avaient jugé très générique. Musk avait reconnu la critique et promis davantage de détails. Ils ne sont jamais vraiment arrivés.
Depuis, l’entreprise continue pourtant d’expliquer que ses projets autour des robotaxis, des robots humanoïdes et de l’IA font partie d’une même mécanique censée ouvrir une ère d’« abondance incroyable ». Au départ, le slogan parlait d’« abondance durable », un terme plus lié à l’ancienne mission de la marque. Puis Elon Musk a préféré « abondance incroyable », qu’il a jugé plus joyeux. Ni Tesla ni Elon Musk n’ont répondu aux demandes de commentaire.
Penthouse, château, chirurgie, robots
Sur le fond, Musk a livré des images, pas un plan. Il a évoqué un futur où les robots et l’IA pratiqueraient des opérations chirurgicales et élargiraient l’accès aux soins.
Ailleurs, il a assuré que chacun pourrait avoir un penthouse s’il le voulait. Dans un message relayant David Holz, fondateur de Midjourney, il s’est enthousiasmé pour l’idée que 5 millions de robots humanoïdes pourraient construire Manhattan en environ six mois, avec ce cri de ralliement : « Une abondance incroyable pour tous ». En juillet, il disait à Zanny Minton Beddoes, rédactrice en chef de The Economist, que cela voulait dire qu’on pourrait avoir tout ce qu’on peut imaginer.
Fin 2025, sur le podcast de Joe Rogan, il ajoutait que l’« abondance durable » signifiait aussi ne pas avoir détruit la nature, ni bétonné la forêt tropicale, tout en gardant les parcs nationaux. Une déclaration isolée, quand même. Et en novembre 2025, lors d’une conférence, il assurait que les robots de Tesla pourraient construire une maison, voire un château, pour n’importe qui, à condition de ne pas exiger un emplacement précis.
Une idée floue devenue argument financier majeur
Le plus frappant est là. Chez Tesla, cette vision n’a rien d’un simple délire marketing. Elle a servi de justification centrale au plan de rémunération géant accordé à Musk en 2025, soit environ 1000 milliards de dollars.
Dans ses documents réglementaires, Tesla explique que plusieurs objectifs produits soutiennent directement cette vision de l’abondance: livrer 20 millions de véhicules, atteindre 10 millions d’abonnements actifs à Full Self-Driving, et déployer un million de robots ainsi qu’un million de robotaxis. Après le vote des actionnaires en novembre, la présidente du conseil, Robyn Denholm, écrivait qu’ils soutenaient la vision portée par le quatrième Master Plan et voulaient voir Tesla avancer vers ce futur extraordinaire. Plus loin, elle insistait: ce n’était pas seulement un slogan, mais la promesse du meilleur futur imaginable.
Le retour discret des limites bien réelles
Mais voilà, les limites existent. Les lieux vraiment désirables sont rares dans un monde de 8 milliards d’habitants, encore plus avec le réchauffement qui rend certaines zones moins habitables.
Et c’est là que le discours coince. Tesla a même demandé en août l’enregistrement de « l’abondance incroyable » comme marque pour des voitures, des robots, des autocollants, des sacs, des tasses ou des décapsuleurs. Un slogan très large, posé sur des objets très concrets. La définition, elle, attend toujours.