Tesla joue son avenir avec le Cybercab

Tesla lance son Cybercab à Austin. Derrière l'effet d'annonce, c'est un test crucial pour son pari sur les robotaxis.

Tesla Cybercab
Image d'illustration. Tesla Cybercab — Tesla / PR-ADN

En bref

  • Le Cybercab est un pari majeur pour Tesla, censé démontrer ses capacités en IA et en conduite autonome.
  • Tesla promet depuis des années des robotaxis, mais son système reste encore limité et a déjà connu plusieurs incidents.
  • Le Cybercab pourrait réduire les coûts et changer d’échelle, mais son succès dépendra surtout de sa fiabilité face à Waymo.

Pour Tesla, ce lancement à Austin dépasse largement l’arrivée d’un nouveau véhicule. Le Cybercab, une petite berline dorée à deux places sans volant ni pédales, doit surtout prouver que le groupe peut devenir autre chose qu’un simple constructeur auto. Si ça marche, Tesla avance enfin un début de preuve concrète sur l’IA et la robotique. Si ça cale, le vernis saute vite.

Un décor de lancement aux allures de démonstration

Dans sa ville d’origine, Tesla a déjà occupé le terrain. Des dizaines de Cybercab ont été montrés à Austin, mais aussi dans d’autres villes américaines. Au moment du lancement, le suivi officiel du Texas recensait 420 véhicules autonomes enregistrés dans l’État.

Reste une inconnue, et elle compte. Tesla n’a pas détaillé ce que ce lancement va vraiment proposer, quelques voitures dans un petit périmètre du centre-ville, ou une opération plus vaste. Côté communication, le ton a changé. Ashok Elluswamy, patron de l’IA chez Tesla, a assuré que « les rues ne seront plus jamais les mêmes ». Quand un utilisateur a écrit que Tesla allait inonder Austin, Elon Musk a répondu « Oui ». Ambiance tempête annoncée.

Le pari ancien de Musk sur la voiture autonome

Le Cybercab n’arrive pas de nulle part. Elon Musk promet depuis plus de dix ans une conduite totalement autonome capable d’alimenter un réseau de robotaxis. En 2016, il affirmait même que chaque Tesla produite avait déjà le potentiel pour devenir autonome avec une simple mise à jour logicielle.

On sait aujourd’hui que c’était faux. Le matériel a été revu plusieurs fois depuis, et Musk a reconnu récemment que des millions de véhicules auraient besoin d’une mise à niveau matérielle. Entre-temps, Tesla a continué à faire progresser Full Self-Driving (Supervised), mais ça reste une assistance à la conduite. La responsabilité reste du côté du conducteur.

Le vrai tournant vient d’un choix industriel. La marque voulait au départ une plateforme électrique moins chère, dans la lignée des Model 3 et Model Y, pour fabriquer des véhicules plus abordables. Puis Musk a écarté l’idée d’une voiture conduisible manuellement sur cette base pour tout miser sur le robotaxi deux places. En avril 2024, il a même validé de lourds licenciements pour pousser, selon ses mots, à fond sur l’autonomie.

Un réseau robotaxi encore loin de la promesse

Depuis juin, Tesla teste une première version de son programme robotaxi à Austin avec des Model Y modifiés. Au début, un employé prenait place à l’avant pour pouvoir arrêter le véhicule si nécessaire.

Des incidents ont bien eu lieu. Tesla en a signalé quelques dizaines à Austin, surtout de petits chocs avec des objets immobiles, plus quelques interventions à distance à faible vitesse. Le système a été étendu à d’autres villes du Texas et de Floride. Mais en juillet 2025, la société a indiqué que le nombre de miles payants effectués par le réseau reculait. Pas idéal, quand même.

Pourquoi le Cybercab peut tout changer, ou tout exposer ?

Si Tesla pousse autant ce modèle, c’est pour une raison simple, le coût. Le Cybercab est plus petit, plus léger, avec une batterie de capacité inférieure aux autres modèles de la marque. Moins de matières premières, surtout côté batterie, cela veut dire un véhicule moins cher à produire et potentiellement plus vite rentable une fois déployé.

Les fans y voient déjà un avantage face à Waymo, en estimant que Tesla peut assembler des dizaines de Cybercab pour le prix dépensé par Waymo sur moins de dix vans Ojai. Mais il y a un gros bémol. Jusqu’ici, le service de Tesla fonctionne dans des zones géographiques limitées. Or Musk disait lui-même qu’avec une zone géorestreinte, on n’a pas une vraie conduite autonome.

Et puis il y a l’échelle. Avec un petit réseau dans peu de villes, le logiciel rencontre moins de cas tordus que Waymo, qui a 4 000 robotaxis sur la route. Surtout, les Model Y passaient plus facilement inaperçus. Des Cybercab dorés, eux, non. Si le logiciel rate, tout le monde le verra.

Jordan Servan

Spécialiste Tech

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