Taïwan durcit le contrôle des exportations de serveurs IA

Neuf personnes, dont des salariés liés à NVIDIA et Super Micro, sont poursuivies à Taïwan pour des exportations illégales de serveurs d’IA vers la Chine.

Serveurs data centers
Image d'illustration. Serveurs data centers — ADN

En bref

  • Neuf personnes sont inculpées à Taïwan pour avoir exporté illégalement des serveurs IA vers la Chine.
  • Des salariés liés à Nvidia et Super Micro sont impliqués dans cette affaire sensible.
  • Des réseaux utilisent des pays tiers pour contourner les restrictions américaines sur les technologies IA.

Les serveurs d’IA sont devenus un sujet ultra sensible entre Taïwan, les États-Unis et la Chine. Et cette fois, l’affaire prend un tour pénal, avec neuf personnes inculpées dans un dossier qui touche aussi Nvidia et Super Micro.

Un dossier explosif pour l’image de Taïwan

Les procureurs de Keelung, dans le nord de Taïwan, poursuivent neuf individus accusés d’avoir fait entrer illégalement des serveurs haut de gamme en Chine. Parmi eux figurent des salariés liés à Nvidia et à Super Micro.

Le parquet explique que les mis en cause se seraient coordonnés à plusieurs niveaux pour en tirer d’énormes profits. Les procureurs ajoutent que ces opérations auraient alourdi les coûts de conformité des entreprises concernées et porté un coup sévère à l’image internationale de Taïwan. Pas anodin du tout.

Selon eux, les prévenus connaissaient pourtant les procédures de contrôle à l’exportation mises en place par Nvidia et Super Micro.

Pourquoi ces serveurs valent autant ?

Si le dossier est aussi sensible, c’est parce qu’il touche à la chaîne industrielle de NVIDIA. L’entreprise est américaine, mais une grande partie de ses puces est fabriquée par TSMC, le géant taïwanais des semi-conducteurs.

Les puces Blackwell les plus récentes sont bien produites à Phoenix, en Arizona, mais elles passent ensuite par Taïwan pour l’étape de packaging avancé avant l’assemblage final. En gros, on parle de technologies placées au centre de la bataille mondiale sur l’IA.

Des règles très strictes autour des ventes à la Chine

Depuis 2022, Washington interdit la vente à la Chine des technologies d’IA les plus avancées de Nvidia et d’autres groupes. Plus récemment, les autorités américaines ont rouvert la porte à des produits d’ancienne génération, comme les puces H200, présentées comme vieilles de plusieurs années.

De son côté, Taïwan applique une ligne très stricte sur les exportations de technologies récentes. L’objectif est clair, éviter tout accroc avec les régulateurs américains, et en particulier avec l’administration de Donald Trump.

Les contournements passent par des pays tiers

Malgré ce verrouillage, des circuits parallèles continuent d’apparaître. Un cas évoque jusqu’à un milliard de dollars de baies de serveurs qui auraient transité par des pays d’Asie du Sud-Est, notamment la Thaïlande ou la Malaisie, pour contourner les contrôles américains.

Autre dossier, cette fois aux États-Unis, trois personnes ont été mises en cause pour l’exportation présumée de serveurs IA vers la Chine pour 3,5 milliards de dollars, là encore via des pays tiers. Le schéma change peu. L’enjeu, lui, reste colossal.

Jordan Servan

Spécialiste Tech

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