En bref
- Aucune arrestation six ans après l’explosion
- Le parquet doit rendre ses réquisitions
- Les familles réclament toujours justice
Six ans après l’explosion du port de Beyrouth, aucune personne n’est détenue dans ce dossier au Liban. Pourtant, le juge chargé de l’enquête a bouclé ses investigations en mars 2026 et transmis le dossier au parquet, étape préalable à d’éventuelles inculpations.
Aucune arrestation malgré un dossier bouclé
Le magistrat a entendu près de 70 personnes, parmi lesquelles des responsables politiques, des militaires, des responsables sécuritaires et des fonctionnaires. Le ministre de la Justice Adel Nassar, présent lors du rassemblement du 4 août, a indiqué à l’AFP que le procureur préparait ses réquisitions. Selon lui, elles pourraient être transmises au juge dans un délai de 60 à 90 jours, avant la publication d’un acte d’accusation et l’ouverture d’un procès.
Le président libanais Joseph Aoun a lui aussi demandé de passer à l’étape des inculpations, qu’il juge désormais urgente. Sur le terrain, les familles retiennent surtout une chose, le temps passe et la justice n’arrive pas.
Une catastrophe toujours sans réponse claire
Le 4 août 2020, l’une des plus grandes explosions non nucléaires de l’histoire a ravagé des quartiers entiers de la capitale libanaise. Le bilan reste massif, avec plus de 220 morts et quelque 6 500 blessés. D’après les autorités, le drame a été provoqué par un incendie dans un entrepôt où étaient stockées, sans précaution, des tonnes de nitrate d’ammonium utilisées comme engrais, alors que plusieurs alertes avaient déjà été adressées aux plus hauts responsables.
Sur le port, les proches des victimes ont répété les mêmes demandes. Hiam al-Békaï, qui a perdu son fils, a résumé leur colère en déclarant à l’AFP : « Jusqu’à présent, nous n’avons pas obtenu justice, personne n’a été tenu pour responsable ni arrêté ». Elle a aussi demandé de savoir qui avait apporté le nitrate, qui l’avait stocké et qui avait déclenché l’explosion.
Une enquête freinée par les ingérences politiques
Si le dossier patine, c’est aussi parce que l’enquête a été stoppée pendant de longs mois. Le juge d’instruction Tarek Bitar avait dû l’interrompre en janvier 2023 face à l’hostilité d’une large partie de la classe politique, notamment du Hezbollah, qui l’accusait de partialité. Poursuivi un temps pour insubordination, il n’a pu reprendre son travail qu’au début de 2025, après l’arrivée de nouveaux dirigeants promettant de restaurer l’indépendance de la justice.
Mardi, les hommages se sont poursuivis avec une marche dans le centre-ville puis un rassemblement sur le port, entre photos de victimes, drapeaux libanais et noms projetés sur écran géant. L’envoyé spécial de l’ONU pour le Liban, Jean Arnault, a appelé à redoubler d’efforts pour rendre justice. Même ligne chez l’avocate Cécile Roukoz, qui a perdu son frère, et chez William Noun, dont le frère pompier a été tué. Pour eux, le prochain test est simple, voir si le parquet tient enfin les délais annoncés.