Reprise des expulsions après la trêve hivernale : une flambée inquiétante touchant les plus vulnérables

Image d'illustration. Poignée de porte sur une porte d' appartement fermée.ADN
Avec la fin de la trêve hivernale, les expulsions locatives repartent fortement à la hausse en France, touchant notamment des publics fragiles comme les personnes âgées, les malades ou encore les enfants, selon les associations d’aide au logement.
Tl;dr
- Fin de la trêve hivernale : record d’expulsions prévues.
- La loi Kasbarian-Bergé accentue la fermeté envers les locataires.
- Vives critiques des associations contre le durcissement gouvernemental.
Une fin de trêve sous haute tension
Ce mardi marque l’achèvement de la trêve hivernale des expulsions locatives, dans un climat particulièrement tendu. Le chiffre, d’ailleurs, frappe : plus de 30 500 ménages expulsés en 2025, un niveau jamais atteint en France selon plusieurs associations et syndicats mobilisés.
Un contexte qui alimente l’inquiétude chez les défenseurs du droit au logement, à l’image de Bernard Thoreau, de la Confédération nationale du logement, pour qui « chaque expulsion, ce sont des vies brisées ».
Loi Kasbarian-Bergé et effet domino sur les expulsions
Depuis l’entrée en vigueur de la loi Kasbarian-Bergé de 2023, également appelée « loi anti-squat », le cadre législatif s’est sensiblement durci. Les associations pointent une augmentation marquée du nombre d’expulsions et rappellent que, désormais, seuls les locataires ayant réglé leur dernier mois de loyer peuvent espérer conserver leur bail devant le juge. Les statistiques recueillies au tribunal civil de proximité à Paris témoignent d’un basculement : en 2024, seules 35 % des affaires d’impayés ont abouti à un délai accordé sans expulsion, contre près de 48 % l’année précédente.
Parmi les conséquences concrètes relevées par les associations :
- Pauvreté accrue et fragilisation des publics vulnérables (personnes âgées ou handicapées, familles avec enfants en bas âge).
- Diminution des solutions alternatives, avec parfois seulement quelques nuits en hébergement d’urgence après l’expulsion.
- Instructions de fermeté transmises aux préfets, renforçant la rigueur dans l’application des décisions judiciaires.
Tensions politiques et polémiques autour des mesures gouvernementales
Dans ce climat électrique, le ministre du Logement et de la Ville, Vincent Jeanbrun, souhaite aller encore plus loin. Il prône un renforcement des procédures pour favoriser à la fois « l’entrée dans un logement, mais aussi la sortie », plaidant pour une relation restaurée entre propriétaires et locataires. Son entourage ne cache pas sa volonté d’assimiler certains cas d’impayés à des situations de squat, considérées comme inacceptables. Une position vivement contestée par Marie Rothhahn, responsable associative, qui dénonce un discours « grave » et « indécent » . Pour elle comme pour Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole du DAL, il s’agit là d’une dérive inquiétante vers toujours plus de rigueur sociale.
Les dissensions n’épargnent pas non plus l’action gouvernementale : nommé pour conduire une mission sur les impayés, Hugues Périnet-Marquet a jeté l’éponge dès vendredi dernier, citant une divergence sur le périmètre réel du projet.
L’avenir incertain du droit au logement en France
Face à cette succession de mesures – et alors que se profile le projet de loi « Ripost », censé corriger certains angles morts du dispositif anti-squat –, beaucoup s’interrogent : assiste-t-on à un tournant majeur dans la gestion du logement en France ?
Sur fond d’inflation et de précarité croissante, la question reste entière : comment éviter que toujours plus de ménages ne soient confrontés à ce dilemme cruel entre se loger… ou survivre ?