Pénurie d’œufs à Paris : quelles raisons derrière les rayons vides des magasins ?

Image d'illustration. Douzaine d œufs blancs en carton éclairés par le soleilADN
Depuis quelques jours, les rayons d'œufs se vident dans de nombreux supermarchés parisiens. Cette pénurie soudaine soulève des interrogations parmi les consommateurs et met en lumière des difficultés touchant l'approvisionnement local.
Tl;dr
- Paris touché par une pénurie d’œufs persistante.
- Consommation en hausse, production fragilisée par la grippe aviaire.
- De nouveaux poulaillers prévus pour rétablir l’équilibre.
Œufs introuvables dans les rayons parisiens
Ce matin-là, dans les allées du quartier Alésia, l’attente est palpable : impossible de mettre la main sur une boîte d’œufs. Une situation familière pour Louison, dont la promesse d’un gâteau pour son compagnon reste lettre morte : « Ça fait six jours que j’ai promis un gâteau à mon chéri. Il n’est pas près de le voir… » Le constat s’étend du magasin Les Saisonniers, où « seulement deux douzaines » sont parties en une minute, jusqu’aux étagères vides de Monoprix, Franprix, ou encore Auchan. Même refrain sur les réseaux sociaux, où les recettes aux œufs disparaissent des menus quotidiens.
Une demande qui ne faiblit pas malgré l’inflation
Les professionnels s’accordent : la tension autour des œufs n’est pas nouvelle. Selon Alice Richard, directrice du CNPO, le marché subit une pression accrue lors des périodes festives ou de forte consommation. La tendance ne faiblit guère ; depuis la crise sanitaire, la consommation annuelle moyenne bondit de 5 % chaque année. En 2025, ce sont désormais 240 œufs par habitant et par an qui finissent dans nos assiettes, contre 226 auparavant.
À l’origine de cet engouement ? Plusieurs éléments convergent :
- L’inflation, poussant les consommateurs à privilégier cette source de protéines abordable au détriment de la viande ;
- L’image positive retrouvée de l’œuf, longtemps associé à tort au cholestérol ;
- L’influence croissante des réseaux sociaux et des sportifs vantant ses atouts nutritionnels.
Une filière sous pression face aux défis sanitaires et structurels
Paradoxalement, si la demande explose, la production peine à suivre. Les élevages français – malgré leurs quinze milliards d’œufs annuels – ont vu leur volume reculer après les épidémies de grippe aviaire (2022-2023), avec une baisse estimée à 3-4 %. À cela s’ajoute le passage progressif à l’élevage au sol, plus respectueux mais nécessitant davantage d’espace : conséquence directe, près d’un cinquième des poules pondeuses en moins dans les bâtiments.
Résultat concret : l’autosuffisance tricolore chute, passant de 99 % en 2024 à 96 % en 2025. Pour pallier ce manque, il faut désormais importer des œufs principalement depuis l’Espagne ou les Pays-Bas.
Lueur d’espoir pour les consommateurs
Face à cette crise persistante, la filière réagit. D’ici à 2030, quelque 300 nouveaux poulaillers devraient voir le jour pour rattraper le retard et renforcer la souveraineté alimentaire nationale. Mais patience reste de mise : entre le lancement d’un projet et sa concrétisation, il faut compter deux ans avant que les premiers œufs arrivent sur les étals. Des initiatives qui suscitent déjà l’intérêt de nombreux agriculteurs prêts à se reconvertir. En attendant que ces efforts portent leurs fruits – littéralement –, Paris devra composer avec des rayons clairsemés et patienter jusqu’à un retour à la normale… météo comprise.