Tl;dr
- Pertes financières majeures pour la tour Eiffel depuis 2020.
- Rénovations et salaires alourdissent le budget de la SETE.
- Hausse du prix des billets pour combler le déficit.
Des comptes dans le rouge malgré l’affluence
Alors que la tour Eiffel a accueilli quelque 6,3 millions de visiteurs en 2024, ses finances peinent à suivre. Selon un récent rapport de la Chambre régionale des comptes d’Île-de-France, les pertes cumulées par la Société d’exploitation de la tour Eiffel (SETE) sur la période 2020-2024 atteignent la somme vertigineuse de 305 millions d’euros. Une situation paradoxale pour ce symbole parisien mondialement reconnu, dont l’attractivité n’a pourtant pas suffi à compenser les effets dévastateurs de la pandémie.
Dépenses imprévues et chantiers complexes
Au-delà de la baisse de fréquentation – inférieure de 10,66 millions de personnes aux projections initiales, engendrant un manque à gagner de plus de 155 millions d’euros –, c’est l’entretien même du monument qui plombe les finances. La dernière campagne de peinture, retardée quatorze ans durant, a aggravé les problèmes de corrosion et généré d’importants surcoûts, comme l’a souligné l’architecte Boris Weliachew. D’autres postes budgétaires pèsent lourd : citons notamment le remplacement coûteux de l’ascenseur Nord – dont les réparations ont été renchéries par des erreurs techniques découvertes en cours de route. Les auteurs du rapport précisent d’ailleurs que « les pannes affectent en moyenne 16,9 % des jours d’ouverture du site entre 2016 et 2018 ».
Ressources humaines : un modèle contesté
Le volet social n’échappe pas aux critiques. Depuis 2020, la masse salariale s’est envolée (+31 %), tandis que le salaire moyen progressait de 17 %. La politique généreuse en matière de rémunération et primes interroge : certains avantages ne seraient pas systématiquement conditionnés à une prestation effective. Autre point sensible : le maintien d’un nombre élevé de caissiers malgré le développement des ventes en ligne, justifié par le président de la SETE dans un souci « d’améliorer le parcours des visiteurs et réduire leur temps d’attente ».
Nouvelles recettes espérées… mais suffisantes ?
Face à cette équation difficile, une mesure phare a été adoptée dès juin 2024 : l’augmentation du tarif du billet (+29 %). La municipalité espère ainsi récolter près de 139 millions d’euros supplémentaires avant 2031 grâce à cette décision. Mais ce coup d’accélérateur financier suffira-t-il à redresser durablement la barre pour l’un des monuments les plus emblématiques au monde ? L’avenir dira si ces choix permettront enfin à la tour Eiffel de retrouver sa stabilité économique sans sacrifier son attractivité.