En bref
- Édouard Balladur est mort à 97 ans
- Sa rupture avec Chirac marque 1995
- Relaxé en 2021 dans l’affaire Karachi
La campagne présidentielle de 1995 a fixé son image pour beaucoup de Français, celle d’un homme de droite passé du rang d’allié fidèle à celui de rival direct de Jacques Chirac. Édouard Balladur, mort lundi 31 août 2026 à Paris à 97 ans, emporte avec lui une longue séquence de la vie politique française.
Une amitié politique brisée en pleine présidentielle
Entre Édouard Balladur et Jacques Chirac, l’histoire remonte loin. Les deux hommes travaillent ensemble dès 1968, au moment des accords de Grenelle, dans l’entourage de Georges Pompidou, alors Premier ministre du général de Gaulle.
Plus tard, après un passage dans le privé, Balladur revient en politique dans les années 1980, rappelé par Chirac, devenu président du RPR. La suite semblait écrite. À Balladur, Matignon. À Chirac, la préparation de l’élection présidentielle.
Mais le scénario déraille. Le 18 janvier 1995, porté par une opinion alors favorable et par le clan Pasqua, avec notamment Nicolas Sarkozy, jeune ministre du Budget, il annonce sa candidature.
Le passage à Matignon change son destin
Quand la droite remporte les législatives de 1993, François Mitterrand doit composer avec une nouvelle cohabitation. Chef de la droite, Chirac ne veut pas retourner à Matignon et laisse la place à Balladur.
Ce choix compte. Édouard Balladur devient un Premier ministre populaire, au point de nourrir ses propres ambitions. Longtemps, il est même donné très largement en tête du premier tour. Puis son avance s’effrite au fil des semaines, tandis que son image se fige dans les caricatures de Plantu publiées dans Le Monde.
Lui-même reconnaîtra plus tard ses limites, en disant « Au fil des années, j’ai manifesté trop de distance et de froideur dans le rôle public que j’avais à jouer ». En face, Jacques Chirac mène une campagne offensive sur la fracture sociale et finit élu au second tour contre le socialiste Lionel Jospin.
Un parcours entre privatisations et style singulier
Avant cette défaite, Balladur a pesé lourd dans les années 1980. En 1986, Chirac, alors à la tête d’une droite victorieuse, le nomme ministre d’État chargé de l’Économie, des Finances et des Privatisations dans le premier gouvernement de cohabitation.
Dans un contexte marqué par le libéralisme économique de Margaret Thatcher au Royaume-Uni et de Ronald Reagan aux États-Unis, il conduit en France un vaste programme de privatisations, destiné à revenir sur les nationalisations de 1981.
Son style, lui, tranche. Costume à doubles poches, chaussettes rouges, allure dite britannique, langage très soigné. Il est souvent décrit comme courtois. Lui juge cela un peu lassant.
La fin de carrière et l’ombre de l’affaire Karachi
La défaite de 1995 ferme ses ambitions nationales et fracture durablement la droite entre chiraquiens et balladuriens. Édouard Balladur retrouve ensuite son siège de député de Paris puis préside, à partir de 2002, la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale.
En 2006, à 77 ans, il annonce son retrait de la vie politique active. Mais l’affaire Karachi le rattrape. La justice soupçonne un financement de sa campagne de 1995 par des rétrocommissions liées à des contrats d’armement avec le Pakistan. Mis en examen en 2017 par la Cour de justice de la République, il conteste tout financement illicite. Il est finalement relaxé en 2021. Son ancien ministre de la Défense, François Léotard, lui aussi décédé depuis, est en revanche condamné à deux ans de prison avec sursis.