En bref
- Meta crée des actions Class C sans droit de vote, permettant à Mark Zuckerberg de vendre des titres sans perdre le contrôle de l’entreprise.
- Cette stratégie anticipe une taxe californienne de 5% sur la fortune des milliardaires, qui pourrait lui coûter jusqu’à 11 milliards de dollars.
- Le projet divise la Silicon Valley entre opposants à la taxe et partisans qui défendent le financement des services publics.
La future taxe des milliardaires en Californie a visiblement poussé Meta à sortir un montage très précis. Le groupe a créé une nouvelle catégorie d’actions, les Class C, qui donnent une part de propriété mais aucun droit de vote. Et derrière l’argument corporate, il y a un objectif limpide, permettre à Mark Zuckerberg de vendre des titres si la mesure passe, sans lâcher le contrôle de l’entreprise.
Une mécanique taillée pour vendre sans perdre la main
Le conseil d’administration de Meta a validé cette nouvelle action, effective en janvier. L’entreprise explique qu’elle servira à lever des fonds, payer des salariés et financer des acquisitions, notamment dans sa coûteuse poussée dans l’IA. Officiellement, rien d’anormal.
Mais le détail compte. Chaque actionnaire recevra une action Class C pour chaque action Class A ou Class B détenue. Meta parle d’un dividende exceptionnel en actions, avec un effet proche d’un split deux pour un. La société précise que cela ne modifiera pas le pouvoir de vote des actionnaires.
C’est là que le dispositif devient intéressant. Le dépôt transmis à la SEC indique que Mark Zuckerberg pourra vendre ou transférer immédiatement jusqu’à 20% des Class C reçues, soit 10% de sa participation économique totale, y compris pour régler une éventuelle dette fiscale liée à la Proposition 40. Or il contrôle déjà environ 60% des voix. Le cœur du système est là.
Une taxe qui vise quelques centaines d’ultrariches
La Proposition 40, rédigée par des professeurs de droit fiscal de Berkeley et soutenue par SEIU United Healthcare Workers West, prévoit une taxe exceptionnelle de 5% sur le patrimoine net de plusieurs centaines de milliardaires vivant principalement en Californie.
Ses promoteurs avancent un rendement pouvant atteindre 100 milliards de dollars sur cinq ans. L’essentiel irait aux besoins de santé de l’État, le reste à l’aide alimentaire et à l’éducation. Pour Mark Zuckerberg, la facture est estimée jusqu’à 11 milliards de dollars. Pas exactement de l’argent de poche.
Des échanges avec le conseil bien avant l’annonce
Le dossier n’est pas né pendant un simple call de résultats. Le dépôt de Meta auprès de la SEC montre que Mark Zuckerberg parlait déjà de cette taxe avec des membres du conseil dès juillet. Le sujet est revenu lors d’autres réunions et échanges en juillet puis en août.
Selon le récit du New York Times, il aurait aussi poussé le conseil à trouver une solution. En septembre, il aurait expliqué que sans accord, il mettrait en vente sa propriété de Palo Alto, avec le risque d’un gros emballement médiatique. Peu après, le plan d’actions a pris forme.
Silicon Valley déjà en ordre de bataille
Meta renvoie aussi à une idée avancée dans son communiqué de résultats, son comité spécial juge important que Mark Zuckerberg continue de diriger l’entreprise depuis la Californie, en restant au plus près des dirigeants du groupe et de Meta Superintelligence Labs. Bref, la défense du patron fait aussi partie de l’équation.
La mesure a déjà crispé une partie de la Silicon Valley. Le cofondateur de Google, Sergey Brin, a mené campagne contre elle et dépensé massivement pour tenter de la faire échouer. D’autres patrons dénoncent en ligne un risque de fuite des capitaux hors de l’État.
À l’inverse, le représentant démocrate Ro Khanna, soutien assumé de la taxe, a réagi sur X en écrivant : « On dirait que les milliardaires resteront et trouveront un moyen de payer la taxe », avant d’ajouter : « Si nous faisons passer la Proposition 40, les enfants pauvres de Californie pourront avoir accès aux soins ». Une phrase, et tout le rapport de force apparaît.