En bref
- Une cause précise identifiée chez certains malades
- Des anticorps bloquent le messager anti-inflammatoire IL-10
- Un variant génétique explique enfin ce sous-groupe
Pour une partie des personnes atteintes de maladie inflammatoire de l’intestin, la cause se précise enfin. Des chercheurs de Royaume-Uni et du Danemark ont relié un variant génétique bien connu à un mécanisme immunitaire qui laisse l’inflammation s’emballer.
Un frein de l’inflammation qui saute chez certains patients
Le point clé tourne autour de l’interleukine 10, ou IL-10, une molécule qui aide normalement l’organisme à contenir l’inflammation. L’étude montre que certains patients produisent des anticorps qui neutralisent ce messager. En gros, le frein ne fonctionne plus.
Pour arriver à ce résultat, l’équipe a analysé des échantillons sanguins d’environ 4.900 personnes souffrant de maladie inflammatoire de l’intestin, ainsi que près de 1.000 personnes sans la maladie. Ces anticorps anti-IL-10 ont été retrouvés chez environ 3,5 % des malades, et chez aucun des volontaires sains.
Dans le détail, ils apparaissaient chez environ 2,5 % des patients atteints de maladie de Crohn et chez 4,4 % de ceux touchés par la rectocolite hémorragique, les deux formes principales de la maladie.
Le variant génétique recherché depuis 30 ans tient enfin son explication
Depuis des années, les chercheurs savaient qu’un variant du gène HLA-DRB1*01:03 revenait plus souvent chez les patients, surtout dans les formes sévères. Mais son rôle exact restait flou. C’était le morceau manquant.
Cette fois, les chercheurs ont comparé la génétique des patients ayant des anticorps anti-IL-10 avec celle des autres. Le lien avec HLA-DRB1*01:03 est apparu très fortement dans ce sous-groupe. Autrement dit, le variant ne se contente pas d’être associé à la maladie, il aide à comprendre pourquoi elle se manifeste plus durement chez certains.
Holm Uhlig, de l’Université d’Oxford, a expliqué que le rôle d’IL-10 était suspecté depuis des décennies et que l’étude apportait enfin le lien manquant entre ce variant génétique et l’auto-immunité dirigée contre IL-10.
Pourquoi cette avancée compte déjà pour les traitements
La découverte ne concerne qu’une minorité de patients, mais la maladie touche des millions de personnes dans le monde et le nombre de cas continue d’augmenter. Du coup, même une petite proportion représente encore pas mal de monde.
Aujourd’hui, les traitements servent surtout à contrôler les symptômes. Dans les cas les plus graves, la chirurgie peut être nécessaire. Mais il n’existe pas de guérison réellement efficace. Identifier tôt les patients concernés pourrait donc ouvrir la voie à des traitements ciblés et éviter des complications.
L’étude rappelle aussi que ces maladies n’ont sans doute pas une seule cause. D’autres travaux ont déjà montré des mécanismes différents selon les formes. Cette recherche, publiée dans le New England Journal of Medicine, pousse dans une direction assez nette, mieux découper les profils de patients pour mieux traiter la maladie.