Macron face à neuf ans de crises, des ronds-points aux lycées

Depuis 2017, Emmanuel Macron a traversé une suite de secousses sociales et politiques. Des Gilets jaunes aux blocages lycéens, la pression remonte.

Macron comprimé par un gilet jaune sur fond crème
Image d'illustration. Macron affronte un retour des tensions sociales. — ADN

En bref

  • Macron a enchaîné crises sociales et politiques depuis 2017
  • Gilets jaunes, retraites, émeutes, agriculteurs, jeunesse
  • La dissolution de 2024 a encore fragilisé l’exécutif

Depuis 2017, Emmanuel Macron affronte une succession de crises qui ont touché la rue, les institutions et, plus récemment, la jeunesse. À la veille du 17 octobre 2026, alors que des appels à relancer les Gilets jaunes circulent, cette séquence rappelle une constante du macronisme, une conflictualité presque continue.

Une contestation qui ne s’est jamais vraiment éteinte

Le point de bascule reste l’automne 2018. Née contre la hausse des taxes sur les carburants, la mobilisation des Gilets jaunes rassemble près de 300 000 personnes le 17 novembre, avec occupations de ronds-points et blocages routiers dans tout le pays.

Après plusieurs samedis de violences, Emmanuel Macron recule sur plusieurs points, la hausse des taxes sur les carburants est abandonnée, les tarifs du gaz et de l’électricité sont gelés, et le Smic est relevé. Le mouvement décline à partir du printemps 2019, mais le bilan reste lourd, avec 11 morts, 23 manifestants éborgnés, environ 2 500 blessés côté protestataires et 1 800 chez les forces de l’ordre.

Retraites et Nahel, deux chocs de 2023

Début 2023, la réforme des retraites relance un conflit social massif. Le report de l’âge légal à 64 ans provoque plus de trois mois de mobilisation, avec des cortèges dépassant à trois reprises 1,2 million de participants selon la police. Raffineries, ports et transports sont bloqués, tandis qu’à Paris, la grève des éboueurs laisse des rues envahies par les déchets.

La crise se tend encore lorsque Élisabeth Borne engage le 49.3 pour faire adopter le texte sans vote, dans une Assemblée où le chef de l’État ne dispose plus que d’une majorité relative depuis 2022.

Quelques mois plus tard, le 27 juin 2023, la mort de Nahel, 17 ans, tué lors d’un contrôle routier en région parisienne, déclenche cinq nuits d’émeutes. Près de 45 000 policiers sont mobilisés et 4 000 personnes interpellées. Emmanuel Macron annonce alors une loi d’urgence pour accélérer la reconstruction des villes touchées.

Le monde agricole, une colère par vagues

Chez les agriculteurs, la tension monte dès l’automne 2023 en Occitanie, avec des centaines de panneaux retournés. En cause, la taxation annoncée du GNR et les retards dans le versement des aides européennes.

Début 2024, les syndicats agricoles passent à l’action, tracteurs en route vers Paris, autoroutes bloquées, fumier déversé devant des lieux symboliques. Un an plus tard, la colère repart sur fond d’instabilité politique, de pire récolte de blé en quarante ans, de vendanges en chute libre et de maladies bovines et ovines. La loi d’orientation agricole votée début 2025 apaise brièvement la situation, avant un nouveau regain de tension autour de l’accord UE-Mercosur.

La dissolution a ajouté la crise politique à la crise sociale

Le 9 juin 2024, le Rassemblement national arrive en tête des européennes avec 31 % des voix. Dans la foulée, Emmanuel Macron dissout l’Assemblée nationale. Le RN obtient ensuite un niveau inédit avec 119 députés, plus trois apparentés, pendant que le camp présidentiel perd sa majorité relative.

S’ouvre alors une phase d’instabilité politique, avec la censure du gouvernement Barnier, puis la démission du gouvernement Bayrou. Chargé de former un exécutif, Sébastien Lecornu renonce une première fois avant de réussir au second essai.

Dans ce climat, les blocages de lycées partis de Créteil mi-septembre 2026, après de premiers signes à Mayotte fin août, prennent une portée plus large. Les élèves dénoncent Parcoursup, le manque d’enseignants, l’état des bâtiments et des emplois du temps trop chargés. Le mouvement gagne les universités, avec des violences, des mineurs grièvement touchés, des blessés parmi les forces de l’ordre, des dizaines de saisines du Défenseur des droits et de nombreuses enquêtes ouvertes par l’IGPN. Face à cela, l’exécutif a fini par annoncer en urgence 3 000 professeurs remplaçants dans les lycées les plus en difficulté.

Jérôme Nelra

Éditeur·rice

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