En bref
- Les Anneaux de pouvoir n’a pas les droits sur les textes de Tolkien qui détaillent le Deuxième Âge.
- La série a donc compressé plus de 3000 ans d’histoire et inventé certains éléments pour créer un récit cohérent.
- Malgré ses choix controversés et ses défauts, la série ne peut pas être jugée comme une adaptation fidèle classique de J. R. R. Tolkien.
Le gros point de friction autour des Anneaux de pouvoir, il est là. La série télévisée de la plateforme de streaming Amazon Prime Video adapte une période centrale de l’univers de J. R. R. Tolkien, mais sans disposer de tous les textes qui la détaillent. Forcément, ça change la lecture de pas mal de critiques.
Le vrai verrou, ce sont les droits
L’histoire de la série Le Seigneur des anneaux: Les Anneaux de pouvoir se déroule pendant le Deuxième Âge, bien avant Frodon ou Aragorn, au moment où Sauron reprend de la force, où les Anneaux sont forgés, où Númenor atteint son sommet avant sa chute, et où Elfes et Hommes finissent par s’unir contre le Seigneur des ténèbres.
Sauf que la série n’avait pas accès à tout. L’accord passé avec Amazon portait sur Le Seigneur des anneaux, ses appendices, et Le Hobbit. En revanche, Le Silmarillion, Contes et légendes inachevés et L’Histoire de la Terre du Milieu ne faisaient pas partie des droits. Et ce sont justement ces ouvrages qui développent le plus cette période. Résultat, impossible de faire une adaptation fidèle chapitre par chapitre.
Une période immense impossible à filmer telle quelle
Autre souci, et pas un petit, le Deuxième Âge s’étale sur plus de 3000 ans. Chez Tolkien, cette période ressemble souvent à une histoire de la Terre du Milieu, avec des dates, des royaumes, des guerres, la fondation de cités, plus qu’à un récit continu avec les mêmes personnages du début à la fin.
Pour une série, ça coince vite. Si la chronologie originale avait été suivie au pied de la lettre, les personnages humains auraient dû être remplacés génération après génération, pendant que les Elfes, eux, restaient là. Les showrunners Patrick McKay et J.D. Payne ont expliqué à Esquire qu’ils avaient donc compressé le temps, gardé ce qui servait les conflits des personnages et inventé ce qu’il fallait pour combler les vides, sans utiliser les éléments sur lesquels ils n’avaient pas les droits.
Des choix contestés, mais pas sortis de nulle part
C’est aussi comme ça qu’on arrive à des versions plus discutées de certains personnages, notamment Galadriel. La question n’est donc pas seulement de savoir si tout se déroule exactement comme dans les textes, mais si ces changements fonctionnent dans la série elle-même.
La production n’a pas avancé seule pour autant. Simon Tolkien, petit-fils de l’auteur et membre du Tolkien Estate, a participé aux échanges sur les personnages et sur la construction générale de l’intrigue. Pas de quoi dire que tout a été validé sans réserve, mais sa présence pèse quand même dans la balance.
La série est-elle ratée pour autant ?
Pas forcément. La saison 1 a bien eu des problèmes de rythme, et certains choix créatifs n’ont clairement pas eu l’effet espéré. Mais réduire toute la série à un ratage total paraît un peu court.
Et bon, les adaptations de Peter Jackson avaient elles aussi modifié Tolkien, en coupant Tom Bombadil et l’épisode des Hauts des Galgals, en donnant plus d’espace à Arwen, en changeant Faramir ou encore en retirant le nettoyage de la Comté. La différence, c’est que Les Anneaux de pouvoir travaille à partir d’un matériau bien plus fragmenté. La série n’est ni une transposition parfaite du Deuxième Âge, ni Le Silmarillion à l’écran. Mais elle a été construite avec des contraintes très réelles, et c’est difficile de faire comme si ça ne comptait pas.