La guerre des semi-conducteurs passe par ASML

Washington soupçonne qu’une machine clé d’ASML ait fini en Chine. Le groupe néerlandais dément, mais l’enjeu dépasse largement l’industrie des semi-conducteurs.

ASML
Image d'illustration. ASML — ASML / PR-ADN
  • ASML est au cœur de l’industrie des puces car elle est la seule à produire les machines EUV indispensables aux semi-conducteurs les plus avancés (Nvidia, Apple, TSMC).
  • Des responsables américains soupçonnent que certains composants liés à l’EUV auraient pu être détournés vers la Chine, mais ASML affirme un contrôle strict et dit que ses technologies EUV n’y sont pas accessibles.
  • Au-delà du cas ASML, la tension s’inscrit dans une bataille géopolitique et industrielle autour du contrôle des technologies de lithographie, avec des restrictions américaines et l’émergence de start-up concurrentes.

Une seule machine peut faire trembler tout le secteur. Si un outil EUV d’ASML avait réellement atterri en Chine, ce serait une faille majeure dans les contrôles à l’export mis en place par les États-Unis depuis plusieurs années.

Pourquoi un simple soupçon pèse si lourd ?

Le sujet n’est pas réservé aux initiés. ASML, groupe néerlandais assez discret hors de l’industrie, fabrique les seules machines capables d’imprimer les motifs les plus avancés sur les semi-conducteurs. Sans elles, pas de puces de pointe pour Nvidia, ni pour Apple, ni pour les lignes de production de TSMC.

Cette position quasi unique explique tout. La société a mis environ vingt ans et des milliards à mettre au point cette technologie. Il n’existe toujours pas de second fournisseur. Résultat, ASML vaut aujourd’hui environ 700 milliards de dollars en Bourse. Et dans le contexte de l’IA, ce n’est pas un détail.

Ce que disent Washington et ASML

Selon Bloomberg, le secrétaire américain au Commerce Howard Lutnick a expliqué à des dirigeants d’ASML qu’il craignait qu’une machine EUV se trouve en Chine. Des responsables de l’administration affirment disposer d’éléments montrant l’envoi de composants liés à l’EUV et de matériel de transport. Mais ces preuves n’ont pas été rendues publiques, ni montrées à ASML, d’après le média.

En face, la réponse est nette. Christophe Fouquet, patron d’ASML, assure que l’entreprise suit chaque machine livrée, soit en exploitation chez des clients surveillés, soit démontée puis récupérée. Il ajoute qu’un pare-feu interne sépare les salariés ayant accès à la technologie EUV, à la documentation et à la formation, des autres. Les équipes basées en Chine n’y ont pas accès.

Le calcul industriel derrière les ventes à la Chine

ASML vend bien à la Chine, mais sur une autre génération d’outils. Il s’agit des machines DUV, plus anciennes, commercialisées depuis une dizaine d’années. L’idée, selon Christophe Fouquet, est de conserver un écart technologique tout en continuant à faire du business.

Le raisonnement est assez simple. Prendre le risque d’une vente illégale d’une machine EUV mettrait en danger les licences export du groupe pour un gain minime face à ce qu’il a déjà à perdre. ASML attend d’ailleurs près de 20% de son chiffre d’affaires 2026 de ventes autorisées en Chine.

Une bataille politique qui va plus loin qu’ASML

L’affaire se complique avec le contexte politique américain. Le département du Commerce a accepté fin 2024 d’apporter jusqu’à 150 millions de dollars à xLight, une start-up qui développe une technologie de source lumineuse présentée comme un possible défi à long terme pour le cœur du monopole d’ASML. Le patron d’xLight disait pourtant voir son entreprise comme un futur partenaire d’ASML, pas comme un rival direct. Christophe Fouquet, lui, n’a pas semblé convaincu.

Et ce n’est pas tout. Peter Thiel soutient aussi Substrate, autre start-up qui vise cette fois une technologie concurrente de l’EUV. En parallèle, un texte bipartisan au Congrès veut aller encore plus loin en bloquant aussi les expéditions de DUV d’ASML vers la Chine. Le projet a franchi une étape clé en avril. L’administration Trump, pour l’instant, n’a pas pris de position formelle.