En bref
- Bending Spoons rachète des applications connues et les transforme profondément sans les revendre..
- Le groupe milanais optimise produits et coûts, avec hausses de prix et réductions d’effectifs fréquentes.
- Sa stratégie agressive est renforcée par une forte croissance, une IPO réussie et une expansion rapide de son portefeuille.
Ce n’est pas juste un nouveau nom coté à New York. Bending Spoons, groupe milanais encore peu connu du grand public, est en train de bâtir un portefeuille de marques numériques que vous avez sans doute déjà croisées, de Meetup à WeTransfer, en passant par Evernote, AOL et Vimeo. Son idée est simple, et assez brutale: racheter des produits déjà installés, les refondre de fond en comble, puis les garder.
Une machine à racheter, puis à transformer
Le parallèle avec le private equity revient souvent. Sauf qu’ici, Bending Spoons ne revend pas ses acquisitions. L’entreprise explique vouloir les conserver durablement, tout en retouchant l’expérience utilisateur, la technique, les fonctionnalités, la monétisation et l’organisation des équipes.
Et c’est là que ça coince parfois. Plusieurs rachats ont été suivis de hausses de prix, de limites plus strictes sur les offres gratuites ou de licenciements. Matteo Danieli, cofondateur et directeur produit, reconnaît que l’attention autour du groupe tient aussi au fait que certains services, comme Evernote, étaient particulièrement aimés de leurs utilisateurs. Il assure pourtant que la fidélité des clients est restée remarquablement stable.
Une entrée en Bourse qui valide la méthode
L’IPO au Nasdaq a donné un signal net. La capitalisation de Bending Spoons a brièvement dépassé les 25 milliards de dollars avant de refluer un peu. Elle reste malgré tout très au-dessus de sa précédente valorisation privée, fixée à 11 milliards de dollars.
Les investisseurs misent sur une formule qui, pour l’instant, rapporte. En 2025, le groupe a publié un chiffre d’affaires de 1,31 milliard de dollars. En mars 2026, son portefeuille revendiquait plus de 500 millions d’utilisateurs actifs mensuels et plus de 9 millions de clients payants par mois.
Des débuts modestes à Milan, avant le changement d’échelle
À la base, l’histoire part d’un échec. Bending Spoons est né sur les ruines de Evertale, startup de Copenhague à l’origine de l’app photo Wink. Après la chute du projet, les fondateurs et quelques employés ont continué ensemble, d’abord sur des applications maison, puis sur une première acquisition. Le reste a suivi.
Pendant des années, l’entreprise s’est développée sans financement extérieur, avant de lever des fonds en 2022, 2024 et 2025. En 2020, elle a aussi fait une exception à sa règle en créant puis en donnant Immuni, l’application italienne de traçage du Covid.
Evernote, WeTransfer, AOL, Vimeo: la liste s’allonge
Le vrai coup d’accélérateur arrive surtout après 2022. Filmic est racheté cette année-là, puis l’ensemble du personnel est licencié fin 2023. Evernote suit, avec des suppressions de postes et un recul de son offre gratuite. En 2024, Meetup, Mosaic Group et StreamYard passent aussi dans l’escarcelle du groupe, puis Issuu et WeTransfer.
En novembre 2024, Bending Spoons annonce aussi le rachat de Brightcove pour 233 millions de dollars. Début 2025, arrivent Komoot et Harvest. Le groupe a également lancé l’acquisition de Vimeo pour 1,38 milliard de dollars puis celle de AOL auprès de Yahoo pour un montant non divulgué. En décembre 2025, Eventbrite est annoncé pour environ 500 millions de dollars.
Ce qui arrive maintenant
Les quatre cofondateurs encore aux commandes, Matteo Danieli, Luca Ferrari, Francesco Patarnello et Luca Querella, gardent plus de 80% des droits de vote. Sur le papier, l’IPO les a rendus milliardaires.
Mais la suite va aussi peser sur l’emploi. L’entreprise dit avoir ajouté 1.830 postes équivalent temps plein via AOL, Eventbrite et Vimeo, tout en s’étant déjà séparée d’une partie de ces salariés. D’ici la fin des transformations prévues en 2026, seuls quelques centaines devraient rester. Dans le même temps, le noyau dur des « Spooners » reste très fermé: 286 recrutements en 2025 sur environ 800.000 candidatures. Le message est limpide, l’IA et la chasse aux coûts sont au centre du modèle.