En bref
- John from Cincinnati mêle surf, drame familial et mysticisme, avant d’être annulée par HBO après une seule saison.
- David Milch y impose une vision très personnelle, portée par un casting prestigieux et un univers déroutant.
- Trop mystique et expérimentale pour son époque, la série n’a pas trouvé son public.
Une seule saison, 10 épisodes, puis rideau. John from Cincinnati reste l’un de ces paris télé que HBO a laissé filer très vite, alors qu’il portait la signature d’un créateur que la chaîne connaissait bien.
La série, lancée en 2006, mélangeait drame familial, surf et mystique dans une petite communauté au bord de l’eau. Au centre, John Monad, joué par Austin Nichols, un homme étrange qui dit venir de Cincinnati, répète les paroles des autres et sort de ses poches de petits objets au moment où il faut. Sa présence semble peu à peu bouleverser la vie de tout le monde. C’est flou, parfois déroutant, mais jamais banal.
Une signature déjà très installée à la télévision
Ce qui rend ce raté commercial encore plus marquant, c’est le CV de David Milch. Avant ça, il avait travaillé sur Hill Street Blues comme story editor et producteur exécutif, co-créé NYPD Blue avec Steven Bochco, puis lancé Brooklyn South, Total Security et Big Apple. Il avait aussi coécrit Bad Boys.
Surtout, David Milch venait de signer Deadwood en 2004, son plus gros succès, diffusé pendant trois saisons avant un final en long format avec Deadwood: The Movie. Avec plusieurs Emmy Awards au compteur, il avait alors une vraie liberté créative. Et il s’en est servi pour tenter quelque chose de beaucoup plus risqué.
Une fresque surf noir avec un casting impressionnant
John from Cincinnati a été co-créée avec Kem Nunn, romancier souvent associé au surfer noir. La série suit une famille de surfeurs menée par Mitch (Bruce Greenwood) et Cissy (Rebecca DeMornay), qui tiennent un magasin de surf. Leur fils Butchie (Brian Van Holt) est dépendant à l’héroïne, tandis que son propre fils Shaun (Greyson Fletcher) cherche une vraie figure parentale.
Autour d’eux gravitent Bill Jacks (Ed O’Neill), ancien policier qui parle à ses oiseaux, un directeur d’hôtel incarné par Luis Guzmán, Linc joué par Luke Perry, recruteur de talents du surf en mauvaise passe, sans oublier Willie Garson, Jennifer Grey, Marc-Paul Gosselaar et Garrett Dillahunt. Pas mal de visages connus pour une série qui refusait la facilité.
Une série mystique, au risque de perdre tout le monde
Le surf y est presque traité comme une foi. Linc s’emballe sur le talent de Shaun, et Mitch, porté par l’euphorie d’une session, lévite carrément en sortant de l’eau. John, lui, agit comme un catalyseur de phénomènes plus grands. Il guérit le cou brisé de Shaun, apparaît à plusieurs endroits en même temps et rassemble plusieurs personnages dans un motel pour une sorte de sermon sur le lien entre les êtres.
Les indices religieux sont assumés. Le nom Monad renvoie à monas, un terme grec associé à Dieu, et les initiales de la série ne sont pas très discrètes non plus. Mais sa vraie nature n’est jamais dite clairement. En 2007, interrogé par Craig Ferguson, David Milch admettait lui-même : « Je ne sais pas de quoi ça parle. Je ne connais pas le fond de l’histoire. […] Si Dieu essayait de nous atteindre. […] Euh, et s’il ressentait une certaine urgence à le faire. […] Euh, voilà de quoi ça parle. »
Un extrait de tournage montre aussi David Milch livrer une longue explication de 13 minutes sur les préjugés, le 11 septembre, le lien au monde et la capacité de l’art à réorganiser notre perception du réel. Ambitieux, clairement. Trop pour son époque sur HBO, sans doute.