En bref
- La Tapati dure deux semaines à Rapa Nui
- Sports, chants et danses rythment chaque journée
- Le festival incarne une renaissance culturelle
Pendant deux semaines, Rapa Nui tourne presque entièrement autour d’un même rendez-vous, la Tapati. Dans l’unique village de l’île, Hanga Roa, les soirées s’étirent jusqu’à 2 heures du matin, sous les yeux des quelque 8.000 habitants et de plusieurs milliers de touristes.
Deux semaines où toute l’île vit au même rythme
La Tapati, c’est un festival culturel, mais le mot dit mal l’ampleur de ce qui se joue. Chaque jour apporte une nouvelle épreuve, chaque soir une nouvelle scène. On y voit des corps peints, des costumes en coquillages ou en plumes, et de grandes chorégraphies menées par des troupes d’une centaine de danseurs. Le tout avec une vraie intensité collective, pas une animation de passage.
Au centre, il y a aussi une compétition plus large. Les points gagnés dans les épreuves servent à départager deux candidats au titre d’aito, le guerrier ou athlète de Rapa Nui pour l’année.
Des épreuves physiques entre mer, chevaux et volcan
Sur la plage de Hanga Roa, l’une des images fortes reste le haka honu, du surf sans planche. Les athlètes attendent des vagues pouvant monter jusqu’à deux mètres, puis glissent jusqu’au rivage. Quand la vague les dépasse, ils se relancent par un mouvement de papillon.
Plus loin dans le programme, les adolescents surfent sur des fagots de totora, un roseau local. La veille, d’autres galopaient à cru sur une piste sèche. La course la plus prestigieuse a été remportée par Santiago, 12 ans.
Et il y a encore la pêche sous-marine, avec une simple pique, jusqu’à 30 mètres de profondeur le long du récif. Les meilleurs reviennent avec une vingtaine de poissons, pour près de dix kilos.
La musique et la danse, autre terrain d’affrontement
Le soir, direction Hanga Vare Vare. Deux groupes de 60 chanteurs se répondent chanson après chanson, parfois pendant plus de trois heures. Les juges finissent par trancher, et ce soir-là, les chanteurs de Meamea l’ont emporté sur ceux de Terai.
Le festival mélange aussi plusieurs héritages. Parce que l’île est chilienne, les anciens jouent de l’accordéon et les plus jeunes dansent le tango. Puis reviennent les sons polynésiens, ceux des pahu et des toere, avec des chorégraphies plus lascives ou franchement survoltées.
Un festival qui dit aussi l’histoire de Rapa Nui
L’épreuve la plus prestigieuse se déroule au Rano Raraku, le volcan où étaient taillés les moai. Les athlètes y enchaînent pirogue faite de 1.500 roseaux, course parmi les statues et nage dans le cratère. Le décor, à lui seul, raconte l’île.
C’est sans doute ce qui donne à la Tapati son poids particulier. Derrière la fête, il y a la renaissance d’un territoire passé par les guerres tribales, les déportations, la colonisation et l’esclavage.
Vos questions, nos réponses
La Tapati est-elle surtout un festival sportif ?
Non. Le sport y tient une grande place, avec le surf sans planche, la pêche sous-marine ou le triathlon traditionnel, mais il partage l’affiche avec les chants, la danse, les costumes et les peintures corporelles. C’est précisément ce mélange qui donne sa force à l’événement.
Que signifie le titre d’aito ?
Dans le cadre de la Tapati, l’aito est présenté comme le guerrier ou l’athlète de Rapa Nui pour l’année. Les épreuves ne servent donc pas seulement à divertir, elles alimentent une compétition symbolique importante pour l’île.
Pourquoi le site de Rano Raraku compte-t-il autant ?
Parce que ce volcan est le lieu où étaient sculptés les moai. Faire passer l’épreuve reine dans ce paysage relie directement la compétition actuelle à l’histoire longue de l’île, de ses statues et de sa mémoire.
La Tapati attire-t-elle seulement les habitants ?
Non, plusieurs milliers de touristes y assistent aussi. Mais le cœur du festival reste local, avec une mobilisation continue des habitants de Hanga Roa, qui vivent l’événement bien au-delà d’un simple spectacle.