En bref
- Il était une fois la révolution est moins connu que la trilogie du dollar et Il était une fois dans l’Ouest.
- Le film suit deux bandits que tout oppose, pris dans une relation mêlant humour, violence et révolution mexicaine.
- Malgré certaines critiques, il est considéré comme un western important et sous-estimé de Sergio Leone.
Le paradoxe est assez net. Sergio Leone a enchaîné plusieurs classiques du western, mais Il était une fois la révolution, sorti en 1971, reste l’un des angles morts de sa filmographie. Sur Letterboxd, c’est même son western le moins vu selon l’indicateur de nombre de vues. Seul The Colossus of Rhodes, son péplum de 1961, fait moins.
Le western de Sergio Leone que beaucoup laissent de côté
On connaît surtout la trilogie dite de l’homme sans nom, avec A Fistful of Dollars en 1964, For a Few Dollars More en 1965, puis The Good, the Bad and the Ugly en 1966. Le premier a lancé Clint Eastwood à l’international, porté par le style de Sergio Leone, la musique d’Ennio Morricone et une histoire très proche de Yojimbo, le film d’Akira Kurosawa sorti en 1961, au point de déboucher sur une action en justice victorieuse.
Beaucoup s’arrêtent aussi à Once Upon a Time in the West, western de 1969 avec Charles Bronson et un Henry Fonda à contre-emploi en méchant. Du coup, Il était une fois la révolution, parfois exploité sous le titre A Fistful of Dynamite, passe derrière tout le reste.
Un duo bancal, nerveux et central
Le film se déroule au Mexique en 1910. James Coburn joue John, aussi appelé Seán, un expert irlandais en explosifs. En face, Rod Steiger incarne Juan, bandit mexicain. Les deux commencent comme partenaires forcés, puis glissent vers une drôle d’alliance, entre rivalité, amusement mutuel et coups tordus.
Ce qui ressort, c’est ce ton très particulier. Sergio Leone garde la violence, la poussière, les complications de scénario, mais ajoute un vrai fond comique. Les deux personnages ne sont pas des héros propres sur eux, loin de là, et c’est justement ce qui donne au film sa saveur la plus rugueuse.
Une intrigue qui finit par croiser la révolution mexicaine
Au départ, Juan entraîne John dans un projet de braquage de banque, après l’avoir piégé et fait chanter. Puis l’histoire s’élargit. John rejoint à Mesa Verde un commandant de la résistance mexicaine, également médecin, joué par Romolo Valli, qui veut utiliser ses explosifs contre les forces adverses. Juan retombe dans cette orbite, et son obsession pour les banques finit, presque par accident, par servir la révolution en frappant les finances de l’armée.
La suite part dans tous les sens, mais c’est voulu. Juan devient une figure révolutionnaire malgré lui, apprend la mort de sa famille, cherche à se venger, est capturé puis sauvé au dernier moment grâce à la dynamite de John. Il y a des trahisons, des fusillades, des mitrailleuses, et John finit par dévoiler un ancien triangle amoureux qui éclaire son passé. Résultat, le film prend la forme d’une bromance cabossée et très longue, sur fond de guerre.
Un film admiré, mais pas sans angles morts
Le film traîne aussi des points plus gênants. Rod Steiger, acteur blanc né à New York, joue un personnage mexicain en brownface, comme Eli Wallach avant lui dans The Good, the Bad and the Ugly. Le critique Zach Vasquez, dans Crooked Marquee, estime malgré tout que les performances dépassent en partie cette limite. Autre réserve souvent relevée, l’accent irlandais de James Coburn n’est pas franchement sa meilleure idée.
Après ce film, Sergio Leone ne réalisera plus qu’un seul long métrage, Once Upon a Time in America, fresque familiale de 229 minutes sortie en 1984. Un film très différent. Mais pour son versant western, Il était une fois la révolution mérite clairement plus que sa place de oublié.