En bref
- L’euro n’explique qu’une faible part des hausses.
- L’inflation après 2002 n’a pas davantage accéléré.
- Logement et dépenses contraintes pèsent bien plus.
On se souvient souvent d’un prix en francs avant de regarder une fiche de paie. C’est là que le débat sur l’euro revient, vingt-cinq ans après. Pourtant, les données disponibles ne montrent pas que la monnaie unique aurait, à elle seule, fait chuter le pouvoir d’achat des Français.
Le souvenir des francs a laissé une trace durable
Le 1er janvier 2002, les pièces et billets en euros ont remplacé le franc avec un taux de conversion de 1 euro pour 6,55957 francs. Ce basculement a brouillé les repères, surtout sur les achats du quotidien, là où quelques commerçants ont procédé à des arrondis ou revu leurs tarifs.
Selon l’Insee, l’effet direct du passage à l’euro sur les prix est resté limité, autour de 0,1 à 0,2 %. Il y a donc bien eu un impact. Mais il est trop faible pour expliquer, à lui seul, les hausses observées sur un quart de siècle.
Les chiffres de l’inflation racontent une autre histoire
Si l’on regarde la durée, le tableau change. D’après l’Insee, les prix à la consommation ont augmenté en moyenne de 1,4 % par an entre 2002 et 2016, contre 2,1 % pendant les quinze années précédentes, quand le franc était encore là.
Autrement dit, l’euro n’a pas déclenché une inflation durablement plus forte. Les poussées les plus visibles sont arrivées plus tard, portées par l’énergie, les matières premières, l’alimentation ou les tensions géopolitiques. La crise inflationniste de 2022-2023 l’a montré de façon nette.
Pourquoi le pouvoir d’achat peut reculer malgré tout
Mais l’inflation ne dit pas tout. Le pouvoir d’achat dépend aussi des revenus. Et sur ce point, les ménages ont connu des années favorables, puis d’autres beaucoup moins.
En 2025, le pouvoir d’achat du revenu disponible brut des ménages a reculé de 0,4 %, toujours selon l’Insee. Rapportée à chaque personne, la baisse atteint 0,7 %. Un an plus tôt, il avait au contraire progressé de 2,7 %. Résultat, le sentiment de perte peut être bien réel, même sans lien direct avec la monnaie elle-même.
Le vrai basculement se joue dans le budget des ménages
Le changement le plus lourd depuis le début des années 2000 se trouve ailleurs, dans les dépenses contraintes. Le logement d’abord. Les prix des logements anciens en France métropolitaine ont été multipliés par 2,6 depuis 2000, indique l’Insee. Pour les ménages qui veulent acheter, l’effort demandé n’a plus grand-chose à voir avec celui du début du siècle.
Même logique pour la voiture. Comparer un modèle neuf actuel à une voiture du début des années 2000 donne l’impression d’un grand écart. Sauf qu’entre-temps, les véhicules ont changé, avec plus d’électronique, des aides à la conduite, des normes environnementales, des équipements de sécurité et des motorisations plus complexes.
Enfin, l’association Que Choisir Ensemble estime, dans une enquête publiée en août 2026, que le sentiment d’appauvrissement vient surtout de la transformation du panier de consommation. Les ménages arbitrent davantage, entre promotions, marques de distributeur, produits moins chers et baisse de certaines consommations. Ce que raconte ce débat, au fond, c’est moins l’histoire de l’euro que celle d’un budget de plus en plus serré par l’incontournable.