« Enquête sur CNews : dérives, désinformation et manipulation, ce que révèle « Complément d’enquête » »

Image d'illustration. Gros plan d une caméra de télévision professionnelle dans un studio lumineuxADN
L’émission « Complément d’enquête » s’est penchée sur la chaîne CNews, analysant ses lignes éditoriales, les accusations de désinformation et son traitement de l’actualité. Retour sur les principaux éléments soulevés par cette enquête télévisée.
Tl;dr
- CNews accusée de ligne éditoriale orientée à droite.
- Usage massif des thèmes immigration, islam, insécurité.
- Tensions croissantes avec l’audiovisuel public français.
CNews : une ligne éditoriale en question
À l’heure où le paysage médiatique français se polarise, France 2 a jeté un regard incisif sur la chaîne d’information continue CNews, dans son émission d’investigation Complément d’enquête. Diffusée le jeudi 27 novembre, cette enquête s’est appuyée sur témoignages et chiffres pour décrypter la « méthode » d’un média dont les choix éditoriaux font débat.
Il apparaît que les thèmes de l’immigration, de l’islam et de l’insécurité occupent une place prépondérante à l’antenne.
Les chiffres qui interpellent
Pour illustrer la prédominance de certains sujets, les journalistes ont analysé la fréquence des mots employés sur CNews. Entre 2020 et 2024, le mot « islam » aurait ainsi été prononcé près de 31 000 fois, tandis qu’« immigration » approcherait les 70 000 occurrences – soit deux à trois fois plus que sur les chaînes concurrentes. Un vocabulaire jugé symptomatique par la sémiologue Cécile Alduy, qui relève également l’apparition exclusive du terme « ensauvagement » sur cette chaîne lors d’événements marquants.
Parmi les points soulevés lors de l’enquête :
- CNews a fait l’objet de huit sanctions et six mises en demeure de la part de l’Arcom, liées à des propos diffusés à l’antenne.
- L’émission cite plusieurs cas de désinformation ou « fake news », sans réaction officielle de la chaîne.
Médias sous influence ?
La question du positionnement politique n’est pas éludée. La mécanique mise en place par Vincent Bolloré, propriétaire du groupe, soulève une autre interrogation : celle d’une idéologisation du contenu. L’émission rappelle le soutien marqué apporté à Éric Zemmour lors de la présidentielle et la tendance à privilégier certains angles ou origines dans les faits divers. Le travail mené par Reporters sans frontières (RSF) complète le tableau : en mars 2025, CNews aurait couvert deux fois plus de faits violents que ses trois principales rivales réunies.
D’autres chiffres interpellent quant au respect du pluralisme : après la condamnation judiciaire de Marine Le Pen, 147 minutes auraient été consacrées à critiquer la décision sur CNews, contre seulement onze minutes pour sa défense – un déséquilibre marqué face aux chaînes concurrentes.
Tensions avec le service public
Cette enquête survient dans un contexte particulièrement tendu entre l’audiovisuel public et les médias contrôlés par Vincent Bolloré (CNews, Europe 1, JDD). Récemment, France Télévisions et Radio France ont attaqué ces derniers en justice pour « dénigrement » concernant leur traitement jugé outrancier de certaines affaires. Un climat déjà exacerbé par l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur la neutralité du service public, alors que certains responsables politiques dénoncent une partialité médiatique grandissante.
Au fond, ce débat illustre une fracture croissante entre différentes conceptions du journalisme et un affrontement larvé autour des valeurs démocratiques portées (ou non) par nos principaux médias nationaux.