En Corée du Nord, la canicule ravive certains remèdes alimentaires

Sous 40°C, Pyongyang remet en avant soupe de chien et bouillons au ginseng. Derrière ces conseils, la chaleur expose aussi les fragilités du pays.

Soupe fumante devant rue ensoleillée
Image d'illustration. Sous 40 °C, des remèdes alimentaires reviennent. — ADN

En bref

  • La canicule frappe durement les deux Corées
  • Pyongyang recommande soupe de chien et samgye-tang
  • La chaleur révèle aussi des pénuries persistantes

La péninsule coréenne traverse un épisode de chaleur exceptionnel, avec jusqu’à 42,5°C relevés au Sud dimanche 2 août et des pointes à 40°C rapportées au Nord par les médias d’État. En Corée du Sud, 23 décès ont déjà été attribués à la canicule.

Une péninsule frappée par une chaleur record

Pendant trois jours la semaine dernière, de nouveaux records ont été enregistrés au Sud. Au Nord, la communication officielle a mêlé ses messages habituels contre l’ennemi sud-coréen à des conseils beaucoup plus domestiques pour tenir sous les fortes températures.

Ce contraste dit quand même quelque chose. D’un côté, Séoul diffuse des alertes demandant aux habitants de suspendre les activités en plein air. De l’autre, le pouvoir nord-coréen met en avant des solutions alimentaires présentées comme des remèdes traditionnels.

Pyongyang remet en avant ses recettes contre la chaleur

Dans le Rodong Sinmun, un médecin a recommandé la soupe de viande de chien, jugée utile pour compléter les apports nutritionnels. L’agence officielle KCNA a aussi vanté le samgye-tang, un bouillon de poulet farci de riz gluant, de dattes et de ginseng, réputé renforcer l’endurance.

La référence n’est pas anodine. La viande de chien a longtemps été consommée l’été en Corée du Sud, même si son interdiction doit entrer en vigueur en février 2027. Le samgye-tang, lui, reste populaire des deux côtés de la frontière. Un restaurateur de Séoul explique d’ailleurs recevoir davantage de clients en été qu’en hiver.

À la frontière, deux réalités apparaissent

Dimanche, depuis la zone démilitarisée qui sépare les deux pays depuis la guerre de 1950-1953, la ville nord-coréenne de Kaesong apparaissait au loin derrière un voile de chaleur. Son immense drapeau de propagande, hissé sur un mât de 160 mètres, retombait dans l’air humide.

Mais le détail le plus frappant est ailleurs. Tandis que Séoul demandait à sa population de rester à l’abri, on distinguait encore, à la jumelle, des silhouettes pédaler ou travailler dans les champs côté nord-coréen.

Derrière les images de plages, les limites des infrastructures

La télévision d’État montre aussi les plages de Wonsan, station balnéaire inaugurée l’an dernier par Kim Jong Un, en assurant qu’elles se remplissent dès le matin et restent animées jusqu’à la nuit. Cette mise en scène accompagne souvent les références au juche, doctrine d’autosuffisance du régime.

Bon, ces images ne disent pas tout. Pour Rachel Minyoung Lee, chercheuse au Stimson Center, l’insistance des médias d’État sur l’approvisionnement en eau et en électricité laisse penser que les deux réseaux sont sous forte tension. Selon le Programme alimentaire mondial, plus de 40 % des 26 millions d’habitants souffrent de malnutrition. La chercheuse ajoute que les pénuries chroniques d’électricité freinent les usines et privent une grande partie du pays, hors Pyongyang, de climatisation, voire de simples ventilateurs.

Jérôme Nelra

Spécialiste International

X Tous ses articles →
Une erreur dans cet article ?

Nous apportons le plus grand soin à chaque article et nous appuyons sur des sources fiables. Personne n'est à l'abri d'une erreur : si vous en repérez une, signalez-la, nous la corrigerons au plus vite.

Sujets
Canicule Corée du Nord Malnutrition

Lisez 24matins en priorité sur Google

Ajoutez-nous à vos sources préférées : nos articles remonteront plus haut dans votre actualité.

Ajouter à mes sources

À découvrir

La suite, sélectionnée pour vous.