En bref
- Le solaire chute pendant l’éclipse
- Les prix de gros bondissent en soirée
- Les ménages restent surtout protégés
Le vrai sujet, ce n’est pas seulement une éclipse partielle. C’est la façon dont elle met en lumière, en Allemagne, un système électrique devenu très réactif aux variations de la production solaire, parfois sur un simple quart d’heure.
Mercredi soir, cette sensibilité doit se voir dans les prix de gros. D’après les données d’Epex Spot, à Leipzig, certaines tranches de quinze minutes dépasseront 400 euros le mégawattheure, avec un pic attendu à plus de 460 euros le MWh.
Un quart d’heure peut tout changer
Le mouvement attendu est rapide. Entre 19 heures et 19h15, le mégawattheure devrait tourner autour de 210 euros. Puis la tension monterait franchement, jusqu’à plus de 460 euros entre 19h45 et 20 heures, au moment où l’éclipse doit faire nettement baisser la production photovoltaïque. Ensuite, les prix redescendraient vers 230 euros à l’approche du coucher du soleil.
Résultat, un phénomène astronomique assez banal devient un test très concret pour le marché électrique. Et ce test se joue presque minute par minute.
Pourquoi le marché allemand réagit si fort
Ces tarifs sont fixés la veille, par enchères, pour chaque quart d’heure. Les producteurs d’un côté, les grands consommateurs de l’autre, indiquent leurs offres et leurs besoins, et le prix se forme ainsi sur le marché dit spot.
En Allemagne, ce type de variation devient plus fréquent, parce que le système dépend davantage des énergies renouvelables, et donc du soleil quand il est abondant. La veille encore, mardi, le mégawattheure valait presque zéro entre midi et 15 heures sous un ciel dégagé, avant de remonter autour de 200 euros en soirée. Le contraste est rude, mais il raconte bien la logique actuelle du réseau.
Les ménages peu touchés, mais un signal pour l’Europe
Pour la plupart des particuliers allemands, cette flambée ne se verra pas directement sur la facture. Leurs contrats sont en général à prix fixe et ne suivent pas ces à-coups du marché de gros.
Ailleurs, l’impact sur la production solaire pourrait être encore plus marqué. En Espagne, où l’éclipse sera totale, la baisse attendue est la plus importante.
Un épisode qui tombe au pire moment
Le contexte n’aide pas. Les réseaux électriques européens subissent déjà les fortes chaleurs de l’été. Dimanche, le parc nucléaire d’EDF a atteint un niveau record d’indisponibilité. En Roumanie et en Hongrie, des centrales nucléaires ont aussi dû réduire leur production, leurs réacteurs utilisant l’eau du Danube pour le refroidissement.
L’éclipse ne crée pas à elle seule la fragilité du système. Elle la rend visible. Et à moyen terme, c’est bien cette dépendance croissante à une production électrique plus variable qui risque de peser sur l’équilibre des réseaux en Europe.