En bref
- Stilgar et Chani sont largement réécrits, rendant leur rapport à Paul plus conflictuel ou plus dévot que dans le roman.
- Plusieurs intrigues sont supprimées, notamment le premier enfant de Paul et Chani et les soupçons de trahison visant Jessica.
- L’absence d’Alia change le final, puisque c’est Paul, et non elle, qui tue le Baron Harkonnen dans le film.
Certains écarts entre les films de Dune et les romans de Frank Herbert ne sautent pas aux yeux. Pourtant, ils changent beaucoup la trajectoire de Paul Atréides et la place de ceux qui l’entourent. Et pas juste sur un détail de fan service.
Des personnages réécrits pour l’écran
Dans Dune: Part Two, Stilgar devient presque le visage de la foi absolue en Paul, avec un côté plus comique et plus démonstratif. Dans le livre de Frank Herbert, il reste croyant, mais aussi bien plus prudent. Il voit surtout en Paul un allié utile aux Fremen, pas immédiatement le messie attendu.
Denis Villeneuve a expliqué vouloir un personnage attachant et facile à suivre pour le public. Le résultat fonctionne à l’écran, même si l’autorité et une partie de l’intelligence stratégique de Stilgar passent un peu au second plan.
Même logique pour Chani. Dans les films, elle s’oppose davantage à Paul et refuse d’adhérer si vite à l’idée du Lisan al-Gaib. Dans le matériau d’origine, leur relation est beaucoup moins conflictuelle, et elle ne le quitte pas. Elle accepte aussi son mariage politique avec la princesse Irulan, tout en restant à ses côtés comme concubine.
Le temps compressé a fait disparaître un drame
Les films Dune raccourcissent fortement la chronologie du premier roman. C’est ce qui explique l’un des retraits les plus lourds, le premier enfant de Paul et Chani.
Dans le livre, elle tombe enceinte pendant la période vécue chez les Fremen et donne naissance à leur premier bébé. L’enfant meurt ensuite lors d’une attaque des Sardaukar contre un sietch, ce qui ajoute une couche de plus au désir de vengeance de Paul. Au cinéma, toute cette sous-intrigue disparaît pour garder un récit plus ramassé.
Le scénariste Jon Spaihts a résumé ce choix en disant : « l’arrivée et le départ de ce bébé hors champ troublent à peine les eaux du roman lui-même, et auraient vraiment constitué une distraction étrange dans le film ».
Une intrigue de trahison largement allégée
Autre coupe notable, les soupçons qui visent Lady Jessica. Le film montre bien qu’un traître existe chez les Atréides avant la révélation autour du docteur Yueh. Mais dans le roman, Gurney croit sérieusement que Jessica a trahi la maison, au point de vouloir la tuer au couteau avant que Paul n’intervienne.
Ce moment pèse aussi sur une décision majeure. Dans le livre, Paul boit l’Eau de la Vie dans un mouvement de désespoir, notamment parce qu’il n’a pas su anticiper ce danger. Dans Dune: Part Two, il le fait de manière beaucoup plus volontaire, pour embrasser la prophétie et prendre la main sur son destin.
L’absence d’Alia change aussi le grand final
Le cas Alia est sans doute le plus visible pour les lecteurs. Dans le premier roman, la sœur de Paul est déjà là, enfant, avec un rôle énorme. Les films la gardent encore dans le ventre de Jessica, en attendant un troisième volet.
Selon Jon Spaihts, faire exister à l’écran une petite fille parlant comme un adulte pouvait vite devenir une distraction. Ce report a une conséquence directe, la mort du Baron Harkonnen. Dans le livre, c’est Alia qui le tue et révèle qu’elle est sa petite-fille. Dans le film, cet acte revient à Paul, ce qui renforce encore sa prise de pouvoir sur l’Empire.