Elizabeth Taylor a cassé son image pour ce film culte

Dans « Who’s Afraid of Virginia Woolf? », Elizabeth Taylor a accepté d’abîmer son image pour incarner Martha, figure toxique et tragique.

Elizabeth Taylor
Image d'illustration. Elizabeth Taylor — Warner Bros. Pictures / PR-ADN

En bref

  • Elizabeth Taylor se transforme radicalement pour incarner Martha, loin de son image glamour.
  • Qui a peur de Virginia Woolf ? montre un couple en pleine destruction, entre humiliations, alcool et violence.
  • L’histoire devient tragique avec leur fils imaginaire, révélant la fragilité de Martha et la profondeur de leur mal-être.

À 33 ans, Elizabeth Taylor a accepté de se vieillir, de prendre du poids et de laisser tomber tout vernis glamour pour Qui a peur de Virginia Woolf ?. C’est ce choix qui donne au film sa violence, et une bonne partie de sa tristesse aussi.

Une métamorphose qui change tout à l’écran

Selon le monteur Sam O’Steen, l’actrice britannico-américaine s’est investie sans retenue dans ce rôle de femme brisée de 52 ans. Taille épaissie, perruque, rouge à lèvres étalé, silhouette moins flatteuse, elle allait même jusqu’à choisir une blouse qui faisait ressortir son ventre. Pour lui, elle se moquait complètement de paraître belle, tant que le personnage tenait debout.

Et ce n’était pas seulement une affaire de maquillage. Lors d’une scène tournée dehors, près d’un roadhouse, Martha tente de frapper George, puis se retrouve projetée contre une voiture. Sam O’Steen raconte qu’Elizabeth Taylor s’est cogné la tête à plusieurs reprises sans se plaindre, au point qu’un médecin a dû vérifier qu’elle allait bien. Résultat, un engagement très concret.

Derrière l’ouverture paisible, un couple en ruine

Le contraste est rude. Le film commence par une promenade nocturne presque douce sur un campus, musique légère comprise, avant de basculer dans tout autre chose. Très vite, Martha et George se déchirent, et ils ne s’arrêtent pratiquement jamais.

Elle est la fille du président de l’université. Lui stagne comme professeur associé. Quand un nouveau professeur de biologie, Nick, et sa femme Honey viennent boire un verre, la présence d’un autre couple ne calme rien. Au contraire, les humiliations, l’alcool et le ressentiment tournent à plein régime. On regarde un mariage qui ne tient plus que par ses propres ruines.

Le fils imaginaire, cœur brisé du film

Le point le plus cruel arrive ailleurs. Incapables d’avoir un enfant, Martha et George ont inventé un fils. Une fiction commune, avec une règle simple, ne jamais en parler aux autres.

Mais Martha brise cette règle devant Honey. Alors George la punit en annonçant la mort de cet enfant qui n’a jamais existé. Elle s’effondre en larmes pour un fils imaginaire, pendant que l’homme qui vient de le « tuer » essaie de la consoler. Difficile de faire plus tordu.

Pourquoi Martha cesse d’être seulement monstrueuse ?

Le film aurait pu s’arrêter à la cruauté. Il va plus loin quand Martha parle de George comme du seul homme qui l’ait rendue heureuse, tout en expliquant qu’elle ne peut pas le lui pardonner. Elle dit aussi, dans un moment clé : « Triste, triste, triste ».

Là, le regard change. On comprend qu’elle associe l’amour à la blessure, et qu’elle se croit indigne d’être aimée. Le film laisse ouverte l’origine de ce mal, un père écrasant, une mère absente, l’impossibilité d’avoir un enfant. Mais ce monologue transforme Martha en figure tragique, pas seulement en épouse toxique.

Un film consacré très vite comme un classique

Avant le cinéma, Qui a peur de Virginia Woolf ? était une pièce à succès d’Edward Albee, récompensée par cinq Tony Awards. Son adaptation sortie en 1966 a ensuite décroché treize nominations aux Oscars et cinq victoires.

Cette intensité explique pas mal de choses. En laissant tomber sa vanité pour servir Martha, Elizabeth Taylor a signé une performance restée dans l’histoire, et qui lui a valu, selon Sam O’Steen, un cinquième Oscar. Pas mal pour un rôle qui refuse toute joliesse.

Jordan Servan

Spécialiste Divertissement

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