En bref
- Donald Trump agite la piste d’un blocage
- L’Europe dépend fortement du diesel américain
- La France manque de marge de manœuvre
En quelques mois, les Etats-Unis ont pris une place centrale dans l’alimentation en diesel de l’Union européenne. C’est ce qui rend la menace brandie par Donald Trump si sensible. Le président américain a dit, après une rencontre avec Volodymyr Zelensky, qu’il pourrait soutenir une interdiction des exportations de diesel pour faire baisser les prix aux Etats-Unis, à l’approche des élections de mi-mandat.
Une dépendance qui s’est installée très vite
Le timing est mauvais pour l’Europe. Avec la guerre au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz, les livraisons venues de la région ont chuté, notamment celles de l’Arabie saoudite, encore principal fournisseur l’an dernier. Et le diesel russe, lui, manque déjà à cause de la guerre en Ukraine.
Résultat, les flux américains ont gonflé. En août, ils représentaient 50 % des importations de diesel de l’Union européenne, selon la Commission. Dans un contexte de prix records à la pompe, une coupure arriverait donc au pire moment.
Pourquoi la France se retrouve particulièrement exposée
Pour la France, le problème est assez simple. Près d’un véhicule sur deux roule encore au diesel, soit l’un des parcs les plus importants d’Europe. Or le pays produit surtout de l’essence, dont 20 % sont exportés, notamment vers les Etats-Unis.
Le diesel, lui, manque. La France doit en importer plus de la moitié de ce qu’elle consomme. Jean-Pierre Favennec, consultant, enseignant à l’IFP School et spécialiste de l’énergie, relie cette fragilité aux choix énergétiques européens et français. Il explique aussi que la faible rentabilité du raffinage, avec des marges de 3 à 5 dollars par baril, soit environ 3 à 5 euros, a poussé l’Europe à fermer des raffineries et à préférer l’importation.
Les secteurs qui seraient touchés en premier
Selon Jean-Pierre Favennec, la France ne serait pas forcément plus atteinte que ses voisins. Mais certains secteurs seraient en première ligne. Il cite d’abord les transporteurs, parce que l’essentiel du transport passe encore par des camions au gasoil.
Le BTP, les agriculteurs et, bien sûr, les automobilistes seraient aussi exposés. Bon, on touche là à une chaîne très concrète, celle des déplacements quotidiens et de la logistique.
Entre réserves françaises et bataille diplomatique
Reste une question, et elle n’est pas secondaire. Donald Trump peut-il vraiment empêcher des sociétés privées américaines d’exporter ? Jean-Pierre Favennec en doute, en rappelant qu’il y a beaucoup d’intérêts en jeu. D’ailleurs, plus de trente organisations du secteur pétrolier, avec des chambres de commerce fédérales et locales, ont demandé à la Maison-Blanche de ne pas stopper ces exportations. Elles assurent que les raffineries américaines tournent déjà à pleine capacité pour servir le marché intérieur et stabiliser le marché mondial.
De son côté, Emmanuel Macron a jugé qu’avec une telle restriction, tout le monde serait perdant. Il a assuré que l’approvisionnement en diesel, gaz et fioul était garanti pour les 90 prochains jours. Si la crise s’aggravait début 2027, il a rappelé l’existence de réserves stratégiques. En parallèle, la France multiplie les contacts avec l’Irak, Oman, le Qatar, l’Arabie saoudite, le Nigeria et l’Inde, tout en travaillant sur de nouveaux corridors énergétiques. Et le détroit d’Ormuz n’est, selon Jean-Pierre Favennec, pas totalement fermé, des navires continuant d’y passer pendant que les discussions se poursuivent entre l’Iran et les Etats-Unis.