Des œufs au poisson : l’omniprésence inquiétante des PFAS dans notre alimentation

Image d'illustration. Étalage de fruits de mer ÉtincelantsADN
Ces substances chimiques, connues pour leur persistance dans l’environnement, contaminent aujourd’hui une grande variété d’aliments courants. Œufs, produits laitiers ou poissons : les PFAS s’invitent régulièrement dans notre alimentation quotidienne.
Tl;dr
- Contamination généralisée des aliments par les PFAS.
- Données sous-estimées et réglementation jugée insuffisante.
- Risque accru pour les enfants exposés via l’alimentation.
Une contamination alimentaire largement sous-évaluée
L’omniprésence des PFAS, surnommés « polluants éternels », inquiète une fois de plus. Selon l’ONG Générations futures, deux poissons sur trois, près de 40 % des œufs et un quart du lait contiendraient au moins un des quatre principaux PFAS réglementés dans certains aliments en Europe. Ces chiffres, extraits d’une étude publiée le 19 juin 2025, mettent en lumière une situation que l’organisation qualifie de « contamination généralisée ».
Difficile pourtant d’évaluer précisément l’ampleur du phénomène. Seuls huit pays européens, dont la France, ont transmis à l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) leurs données pour 2023. La France se distingue cependant par un retard notable et des analyses limitées à certaines denrées, ce qui conduit inévitablement à une vision partielle, voire « sous-estimée », du problème.
Des chiffres alarmants et des limites réglementaires pointées du doigt
En s’appuyant sur les données issues de l’Allemagne, du Danemark, des Pays-Bas et de la France, l’étude révèle que :
- 69 % des poissons, 55 % des abats et mollusques, 39 % des œufs ou encore 23 % du lait analysé présentent au moins l’un des quatre PFAS surveillés.
L’Union européenne ne fixe actuellement de teneurs maximales que pour quatre substances – le PFOS, le PFOA, le PFHxS et le PFNA. De fait, plusieurs catégories comme les produits destinés aux enfants, fruits, légumes ou céréales ne font pas partie de la surveillance officielle actuelle. L’ONG réclame ainsi un élargissement tant du nombre de PFAS mesurés que des aliments contrôlés.
L’alimentation en première ligne face aux PFAS
Les sources d’exposition sont multiples : industrie chimique, emballages alimentaires, herbicides comme le flufenacet (interdit récemment dans l’UE) ou ustensiles domestiques. Mais c’est bien par ce que nous consommons chaque jour que la population reste principalement exposée aux PFAS. L’EFSA, citée par l’ONG, identifie clairement « l’alimentation comme la principale source d’exposition aux PFAS pour la population ».
Or les seuils fixés ne suffisent pas à protéger efficacement les consommateurs : « La réglementation est dépassée et inadéquate », regrette Générations futures. Les retraits du marché restent rares malgré une présence détectable dans bon nombre d’aliments courants.
L’exposition préoccupante des plus jeunes
Plus inquiétant encore : même respectées à la lettre, ces normes ne permettent pas toujours d’éviter le dépassement de la dose tolérable fixée par l’EFSA (4,4 ng/kg/semaine pour la somme des quatre PFAS concernés). À titre d’exemple frappant cité par l’association : un enfant de quatre ans qui consommerait un œuf juste conforme franchirait déjà « 140% de la quantité tolérable » hebdomadaire – pour toute son alimentation.
Face à ces constats répétés et persistants, difficile de ne pas s’interroger sur la capacité actuelle de notre réglementation à garantir une réelle sécurité alimentaire face à ces polluants persistants.