Carburants, taxes, aides : pourquoi Bercy ferme encore la porte

Malgré des prix records à la pompe, Bercy écarte une baisse des taxes et refuse aussi un plafonnement général, en invoquant l’état des finances publiques.

Panneau carburants dans une station essence
Image d'illustration. Panneau carburants dans une station essence — ADN

En bref

  • Bercy refuse une baisse des taxes
  • Essence et gazole atteignent des niveaux records
  • Le gouvernement maintient des aides ciblées

À la pompe, le signal est brutal. Mercredi à 11 heures, le SP95-E10, le carburant le plus consommé en France, s’affichait en moyenne à 2,124 euros le litre. Le gazole, lui, montait à 2,292 euros.

Des prix qui repartent très haut

Ces niveaux correspondent à un record depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Et l’écart avec la fin février est net, 23,5 % de hausse pour l’essence SP95-E10, 33,3 % pour le gazole.

Petit détail qui compte si vous comparez avec votre station habituelle, ces moyennes ne prennent pas en compte la Corse ni les départements et régions d’outre-mer. Elles reposent sur les données officielles utilisées par l’AFP.

Bercy maintient sa ligne sur les taxes

Face à cette poussée, Bercy ne change pas de cap. Le ministère de l’Économie s’est dit défavorable à des mesures générales, à l’issue d’une réunion avec les distributeurs de carburant.

Concrètement, une baisse temporaire de la fiscalité à la pompe, comme cela a été fait ailleurs, n’est pas envisagée. Bercy explique que l’état des finances publiques ne permet pas ce type de décision en France. Le gouvernement préfère rester sur des aides ciblées pour les ménages et les entreprises les plus exposés, pour un montant total de 1,4 milliard d’euros.

Le plafonnement rejeté, mais pas de crainte sur l’approvisionnement

Autre piste écartée, le plafonnement des prix. Bercy indique que chacun reste libre de le faire s’il le juge opportun, mais le ministère y est défavorable.

L’argument avancé est simple, plafonner les prix reviendrait, selon le ministère, à organiser la pénurie. Sur ce point, le gouvernement a tout de même voulu rassurer, il affirme qu’il n’existe pas de risque pour l’approvisionnement des stations à l’échelle nationale.

Des recettes fiscales à peine plus élevées

Reste une question sensible, l’État profite-t-il mécaniquement de la hausse ? Bercy répond que la consommation s’est ajustée aux prix, avec une baisse moyenne de 5,5 %.

À fin août, les recettes fiscales liées aux carburants n’augmentaient que de 9 millions d’euros par rapport à fin août 2025. Dans le détail, la TVA nette apportait 304 millions d’euros de plus, mais cette hausse était presque effacée par 295 millions d’euros d’accises en moins. Ce point compte, parce qu’il éclaire la suite du débat, la pression monte sur les prix, mais la marge budgétaire avancée par Bercy reste, elle, très étroite.

Morgan Fromentin

Spécialiste Économie

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