En bref
- Des mélanges maison se multiplient.
- Le moteur peut être gravement endommagé.
- Assurance et garantie peuvent sauter.
Voir un plein coûter moins cher, c’est tentant. Le problème, c’est que l’addition peut simplement être repoussée, avec un montant autrement plus lourd pour le moteur, l’assurance et la garantie du véhicule.
L’économie immédiate, le piège le plus visible
Avec la hausse des prix des carburants, pas mal d’automobilistes cherchent des parades. Sur TikTok ou Instagram, on voit circuler des vidéos de conducteurs qui remplacent le sans-plomb 95 par du superéthanol E85, ou qui ajoutent de l’huile de colza dans un diesel pour alléger la note.
L’argument est simple. Un internaute explique ainsi payer 95 centimes au litre au lieu de 2,23 euros et économiser plus de 50 euros sur un plein. L’E85 reste moins cher que le sans-plomb, même s’il entraîne une consommation supérieure de 20 à 30 %.
Le phénomène ne se limite pas aux réseaux sociaux. Pierre Chasseray, délégué général de l’association 40 millions d’automobilistes, dit constater un signe concret dans les rayons des grandes surfaces, l’huile de colza y devient presque introuvable, alors que d’autres huiles restent disponibles.
Éthanol et huile, deux usages très différents mais risqués
Tout ne se vaut pas. D’après le ministère de la Transition écologique, l’E85 ne convient pas à n’importe quelle voiture. Ce carburant est réservé aux véhicules essence à injection électronique mis en circulation après 2007, et encore, avec des adaptations spécifiques.
Surtout, la conversion suppose un boîtier E85 posé par un professionnel. Sans cela, le moteur n’est pas prévu pour fonctionner durablement avec ce carburant. Le mélange brûle à une température plus élevée que l’essence classique, ce qui peut user plus vite certaines pièces.
Mais le vrai point rouge, c’est l’huile de colza. Pierre Chasseray résume la logique avec une formule parlante, « Si on met la clé de contact, c’est magique, ça tourne ». Ce qu’on ne voit pas tout de suite, ajoute-t-il, c’est la dégradation progressive du système d’injection.
L’huile n’a ni la viscosité du carburant, ni le raffinage prévu pour un moteur. Résultat, elle encrasse rapidement et finit par endommager plusieurs éléments mécaniques. Même à petite dose, 2 ou 3 litres dans un plein de 50, l’accumulation peut finir par tuer le moteur en quelques pleins.
Ce que l’automobiliste peut vraiment perdre
La fausse bonne idée peut alors coûter plusieurs milliers d’euros. Un garagiste bourguignon évoque le cas d’un client pour lequel il a fallu refaire le moteur, pour une facture dépassant 5.000 euros.
Et ce n’est pas tout. Si l’assureur constate l’usage d’un produit différent du carburant prévu sur la carte grise, les frais ne seront pas couverts. Même logique pour la garantie constructeur. Le véhicule peut aussi devenir impossible à présenter au contrôle technique.
Du coup, Pierre Chasseray conseille, pour ceux qui le peuvent, une conversion homologuée à l’éthanol. Il avance un coût d’environ 600 euros, amorti en un an. Derrière cette crise, on voit surtout autre chose, la pression sur le budget auto pousse certains conducteurs vers des bricolages qui semblent rationnels sur le moment, mais qui fragilisent tout le reste.