En bref
- Le risque psychiatrique serait triplé chez certains adolescents.
- Le cerveau adolescent reste particulièrement vulnérable au cannabis.
- Les soins conjoints addiction et psychiatrie sont évoqués.
Le cannabis garde une image banalisée chez pas mal de familles et d’adolescents. Pourtant, chez les moins de 17 ans présentant un trouble d’usage du cannabis, le risque de développer un autre trouble mental serait trois fois plus élevé que chez ceux qui consomment de l’alcool ou d’autres drogues.
En Espagne, il s’agit de la drogue illégale la plus consommée. L’initiation arrive tôt, autour de 14 ans, même si la consommation des adolescents a reculé d’environ 40 % ces dernières décennies.
Une banalisation qui résiste aux faits
L’idée reste tenace, le cannabis viendrait d’une plante, donc il serait moins nocif. Ce raccourci masque une réalité bien moins légère. Chez les adolescents, la consommation est associée à une baisse de l’attention, de la concentration et du rendement scolaire.
Autre croyance répandue, le cannabis aiderait à se détendre ou à être plus créatif, y compris avant un examen. Les données citées vont dans l’autre sens, avec un risque accru de problèmes émotionnels et psychiatriques.
Ce que montre l’étude sur les moins de 17 ans
Le résultat le plus marquant vient d’une étude publiée dans The American Journal of Psychiatry par des chercheurs de l’université Johns Hopkins, à Baltimore. Elle conclut que les adolescents de moins de 17 ans souffrant d’un trouble lié au cannabis courent un risque nettement supérieur de développer un autre trouble psychiatrique que ceux exposés à l’alcool ou à d’autres substances.
Le psychiatre Néstor Szerman, de l’hôpital Gregorio Marañón à Madrid et président de la Fondation Pathologie Duale, rappelle que le cannabis est la substance de consommation ayant le plus de propriétés psychotisantes parmi les drogues courantes, loin devant beaucoup d’autres.
Pourquoi le cerveau adolescent est plus exposé
Le point clé, c’est le calendrier biologique. Selon Néstor Szerman, le cerveau humain poursuit son neurodéveloppement bien après 20 ans. Chez un adolescent, cette phase rend l’exposition au cannabis plus risquée.
L’impact peut encore augmenter en présence d’une prédisposition génétique commune à l’addiction et à certains troubles psychiatriques. Le texte cite notamment la schizophrénie, avec un sur-risque pouvant atteindre 52 %, et la dépression, jusqu’à 30 % de plus.
Même avec une vulnérabilité génétique faible, un cannabis riche en THC peut déclencher un épisode psychotique. Quand cette vulnérabilité est élevée, un produit faiblement dosé peut suffire. Et dans presque un cas sur deux, cet épisode peut évoluer vers un trouble psychotique chronique.
Le signal venu d’Ontario et la piste de soins
Pour illustrer ce danger, Néstor Szerman cite le cas de l’Ontario, au Canada, où l’incidence des épisodes psychotiques a triplé après la légalisation du cannabis. Un travail publié dans JAMA Psychiatry relève aussi des niveaux de dopamine plus élevés dans la région cérébrale impliquée dans la psychose chez les personnes ayant un trouble d’usage du cannabis.
Chez les profils les plus vulnérables, la pathologie duale, c’est-à-dire l’association d’une addiction et d’un autre trouble mental, serait fréquente, même très fréquente. Résultat, une piste de prise en charge se dessine, traiter ensemble l’addiction et le trouble psychiatrique, alors que cela se fait encore rarement. À moyen terme, c’est sans doute là que se joue le vrai sujet, pas seulement dans la prévention, mais dans la façon de soigner.