Cancer colorectal : une piste relie régime occidental et microbiote

Une étude décrit un mécanisme possible entre alimentation riche en graisses, bactéries intestinales et tumeurs du côlon. Chez l’humain, la preuve reste indirecte.

Ruban bleu cancer
Image d'illustration. Ruban bleu cancer — ADN

En bref

  • Une molécule intestinale pourrait favoriser les tumeurs
  • Le régime occidental semble nourrir certaines bactéries
  • Pas de nouveau traitement validé à ce stade

Un composé produit dans l’intestin, l’acide désoxycholique, pourrait aider à comprendre pourquoi un régime occidental est associé depuis longtemps à un risque plus élevé de cancer colorectal.

Publiée dans Gut, l’étude suit une piste précise. Certaines bactéries du microbiote transforment des acides biliaires fabriqués par le foie en cette molécule, abrégée DCA. Or ce DCA semble stimuler une prolifération anormale des cellules qui tapissent le côlon, un terrain favorable au développement tumoral.

Le suspect se précise dans l’intestin

Les acides biliaires servent d’abord à digérer les graisses. Produits à partir du cholestérol dans le foie puis relargués dans l’intestin grêle, ils sont en grande partie réabsorbés. Une petite fraction atteint pourtant le côlon.

Là, des bactéries capables d’une réaction chimique appelée 7-alpha-déshydroxylation les convertissent en acides biliaires secondaires, dont le DCA. Des niveaux plus élevés de cette molécule, et des bactéries qui la produisent, avaient déjà été observés chez des personnes atteintes d’un cancer colorectal. Une étude parue en 2024 dans Immunity suggérait aussi que le DCA affaiblissait des cellules immunitaires chargées d’attaquer les tumeurs.

Des essais chez l’animal pour tester la causalité

Pour aller plus loin, des équipes menées par des instituts allemands ont travaillé sur des porcs génétiquement modifiés, prédisposés à développer des polypes dans le côlon. Nourris avec un régime de type occidental, riche en graisses et en viande mais pauvre en fibres, ces animaux ont présenté une aggravation du développement tumoral, avec davantage de DCA dans les selles et une prolifération accrue des cellules épithéliales.

Les chercheurs ont aussi administré de la cholestyramine à une partie des porcs. Ce médicament fixe les acides biliaires dans le tube digestif pour permettre leur élimination. Une fois ces acides retirés, l’excès de prolifération cellulaire dans le côlon diminuait.

Puis, chez des souris sans microbiote, l’ajout de bactéries productrices de DCA, notamment Clostridium scindens et Extibacter muris, a augmenté le nombre de tumeurs dans deux modèles distincts de cancer colorectal.

Des bactéries modifiées, puis un signal retrouvé chez l’humain

Autre étape, plus fine. La bactérie Faecalicatena contorta a été modifiée pour qu’elle ne puisse plus produire de DCA. Les souris colonisées par cette version altérée ont développé moins de tumeurs que celles porteuses de la souche intacte.

Le même schéma est apparu dans des organoïdes de côlon humain, ces mini-tissus cultivés au laboratoire. Les bactéries modifiées y provoquaient moins de prolifération cellulaire.

Côté humain, l’équipe a analysé l’ADN microbien d’échantillons de selles provenant de plusieurs cohortes, soit 1 034 personnes atteintes d’un cancer colorectal et 1 108 sans la maladie. Les gènes impliqués dans la production de DCA, surtout ceux liés à C. scindens et à des bactéries proches, revenaient plus souvent chez les malades.

Ce que l’étude montre, et ce qu’elle ne permet pas encore

Sören Ocvirk, microbiologiste à l’Institut allemand de nutrition humaine de Potsdam-Rehbruecke, résume que les résultats montrent à quel point une alimentation occidentale riche en graisses, et les changements associés du microbiote intestinal, peuvent affecter la santé de l’intestin humain.

Mais l’étude ne prouve pas que la production bactérienne de DCA cause directement le cancer chez l’humain. La partie la plus solide sur la causalité repose sur des animaux déjà prédisposés à la maladie, et les données humaines restent observationnelles. Même prudence pour la cholestyramine, qui n’a pas été montrée ici comme un moyen de prévenir ou traiter ce cancer chez l’humain.

Ce travail apporte donc surtout une explication biologique plausible à un lien observé depuis des années. Et il renforce, pour l’instant, les conseils déjà connus, plus de fibres, de fruits, de légumes et de céréales complètes, moins de viande rouge et de produits transformés.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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