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Alzheimer : une piste hormonale éclaire le risque plus élevé chez les femmes

Santé > Recherche > Alzheimer > Femme
Par Morgan Fromentin,  publié le 12 juin 2026 à 9h00.
Santé
Femme réfléchissant à sa quête de mémoire

Image d'illustration. Alzheimer, démence.ADN

Une étude chez la souris relance la piste de l’estrogène dans le risque d’Alzheimer chez les femmes. Avec, au passage, un acteur du cerveau souvent oublié.

En bref

  • Une étude relie estrogène cérébral et mémoire
  • Effets observés seulement chez les souris femelles
  • Une structure cérébrale peu étudiée intrigue

L’intérêt de cette étude, ce n’est pas seulement de redire que les femmes sont plus exposées à Alzheimer. C’est qu’elle resserre la focale sur un mécanisme précis : la perte d’estrogène dans le cerveau, et ses effets possibles sur la mémoire et l’humeur après la ménopause.

Une expérience qui isole l’estrogène du cerveau

L’équipe de Northwestern University a modifié génétiquement des souris mâles et femelles pour qu’elles ne puissent plus produire d’estrogène. Selon les cas, l’hormone disparaissait seulement du cerveau, ou de l’ensemble du corps. Ce point compte, parce qu’il permet de distinguer l’effet local dans le cerveau d’un déficit hormonal plus général.

Les chercheurs ont ensuite comparé les comportements des animaux en vieillissant. Et là, le contraste est net.

Chez les femelles, mémoire et humeur sont touchées

Chez les souris femelles privées d’estrogène dans le cerveau et dans le reste du corps, le grand âge s’accompagnait de problèmes de mémoire spatiale et d’une baisse des interactions sociales. Chez les femelles jeunes comme âgées totalement privées d’estrogène, les chercheurs ont aussi observé des signes de dépression.

Les mâles, eux, n’ont pas montré ces effets dans cette étude. Cela ne veut pas dire que le risque d’Alzheimer se résume à une affaire d’hormones, mais la différence entre sexes ressort clairement ici.

L’obstétricien-gynécologue Serdar Bulun estime que ces résultats apportent des éléments très solides sur l’importance de l’estrogène pour la mémoire et d’autres fonctions de l’humeur dans le cerveau féminin. Il ajoute, en français, « Cela devrait pousser les cliniciens à être plus attentifs au rôle essentiel de l’estrogène pour le cerveau des femmes, car une fois que la mémoire est perdue, elle est perdue. »

La matrice extracellulaire sort de l’ombre

L’autre apport de l’étude est moins connu du grand public. L’analyse génétique a montré qu’en l’absence d’estrogène, certains gènes devenaient plus actifs dans le cerveau des femelles, en lien avec la matrice extracellulaire.

Cette structure remplit les espaces entre les cellules du cerveau. Elle participe à la mémoire, à l’entretien du tissu cérébral et à sa croissance. Elle est pourtant moins étudiée que les neurones ou les cellules gliales. Les chercheurs estiment qu’elle pourrait devenir une piste pour de futurs traitements capables de corriger les perturbations génétiques liées à la perte d’estrogène.

Pourquoi cette piste compte, et pourquoi elle ne suffit pas encore

Les profils d’activité de ces gènes correspondent à des profils retrouvés dans le cerveau de personnes ayant développé la maladie. C’est un signal intéressant, pas une preuve définitive. L’étude a été menée chez la souris, et les auteurs rappellent que rien ne permet encore d’affirmer qu’un déficit d’estrogène déclenche chez l’humain les mêmes troubles de mémoire spatiale, ni que les changements observés dans la matrice extracellulaire sont forcément nocifs.

Le biologiste moléculaire Hong Zhao dit espérer que ces travaux aideront à mieux comprendre comment cette matrice est modifiée après la ménopause et comment elle peut accroître la vulnérabilité à Alzheimer. Il souligne aussi qu’il faudra encore beaucoup de recherches pour préciser comment l’estrogène agit sur le cerveau féminin et pour imaginer des stratégies hormonales plus sûres et plus efficaces.

Les résultats ont été publiés dans Aging Cell. Ce n’est qu’une étape, mais une étape utile : après des années d’essais aux résultats mitigés sur les amas de protéines ou sur le traitement hormonal substitutif, la piste se précise un peu.

Le Récap
  • En bref
  • Une expérience qui isole l’estrogène du cerveau
  • Chez les femelles, mémoire et humeur sont touchées
  • La matrice extracellulaire sort de l’ombre
  • Pourquoi cette piste compte, et pourquoi elle ne suffit pas encore
En savoir plus
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