Sibyle Veil répond au rapport Alloncle et alerte sur une reprise en main de l’audiovisuel public

Image d'illustration. Gros plan d un rapport parlementaire sur un bureau en boisADN
Sibyle Veil, présidente de Radio France, s’exprime suite à la publication du rapport Alloncle consacré à l’avenir de l’audiovisuel public, qu’elle juge préoccupant pour l’indépendance et le fonctionnement des médias concernés.
Tl;dr
- Le rapport Alloncle menace l’indépendance des médias publics.
- Un risque de mise sous tutelle ou privatisation dénoncé.
- Sibyle Veil critique une vision dépassée de l’audiovisuel.
Réactions vives face au rapport Alloncle
Depuis la publication, mardi, du rapport mené par le député Charles Alloncle, les réactions ne cessent de se multiplier dans le secteur de l’audiovisuel public. Le document, fruit de six mois d’enquête parlementaire, brosse un tableau sans concession : il décrit un service « en crise », incapable de répondre aux « attentes des Français ». Mais très vite, ce sont surtout les préconisations radicales du texte qui ont fait bondir responsables et observateurs.
Indépendance menacée : la riposte des dirigeants
La présidente de Radio France, Sibyle Veil, s’inquiète ouvertement. Interrogée par La Tribune Dimanche, elle redoute que ce rapport ne serve principalement qu’à affaiblir les médias publics : « Il sert effectivement ceux qui veulent le privatiser – mais on a constaté qu’il n’y avait pas de consensus –, l’asphyxier budgétairement ou le mettre sous tutelle ». Selon elle, appliquer ces recommandations signifierait tout simplement « un recul considérable de l’indépendance des médias publics ». Sa consœur à la tête de France Télévisions, Delphine Ernotte Cunci, évoque quant à elle un « affaiblissement historique recherché ».
Lourdes économies et gouvernance contestée
En détails, le rapport Alloncle avance plusieurs propositions :
- Plus d’un milliard d’euros d’économies sur les quatre milliards alloués chaque année par l’État.
- Désignation des dirigeants par le président de la République, après avis conforme de l’Arcom.
- Nominations soumises aux commissions culturelles du Parlement.
Pour Sibyle Veil, cette réforme placerait l’audiovisuel public sous une dépendance inédite vis-à-vis du pouvoir exécutif, une orientation que certains comparent déjà à celle des « médias des régimes autoritaires ».
Boulevard pour la modernisation ou retour en arrière ?
De nombreuses voix s’élèvent donc contre ce projet jugé dangereux. La gauche et plusieurs membres du bloc central au Parlement y voient un cheval de Troie pour une future privatisation. De son côté, la patronne de Radio France estime que le rapport propose « une vision datée de notre secteur sans prise en compte des grands bouleversements technologiques en cours ». Tout récemment, elle s’est entretenue avec la nouvelle ministre de la Culture, Catherine Pégard, afin d’aborder ces « sujets d’avenir », estimant que cet échange tranchait nettement avec la période précédente menée par Rachida Dati. L’avenir du service public audiovisuel français semble ainsi suspendu entre réformes et résistances.