Les risques cachés d’une inflation trop faible pour l’économie

Image d'illustration. France et croissance économique.ADN
Si l’on redoute souvent une hausse excessive des prix, une inflation trop faible comporte aussi des risques économiques. Croissance ralentie, menace de déflation et difficultés pour les entreprises figurent parmi les conséquences d’une inflation insuffisante.
Tl;dr
- Inflation historiquement basse en France, croissance atone.
- Pouvoir d’achat et salaires stagnent malgré politiques incitatives.
- Risque de retour de l’inflation avec tensions géopolitiques.
Une inflation anémique, miroir d’une économie essoufflée
La période où l’inflation dictait le quotidien des Français semble déjà lointaine. Aujourd’hui, les chiffres sont sans appel : à peine 0,9 % sur l’ensemble de 2025, puis un maigre 0,3 % en janvier 2026. Un niveau historiquement bas qui, s’il rassure certains consommateurs lassés par la hausse des prix, trahit surtout une demande intérieure au ralenti. Les statistiques du PIB, elles aussi peu réjouissantes – +0,9 % en 2025, seulement 0,2 % lors du dernier trimestre – confirment le manque de dynamisme économique.
La consommation de biens illustre ce climat atone : recul de 0,6 % en décembre dernier, léger rebond (+0,5 %) à peine perceptible en janvier. Malgré les incitations publiques pour relancer la machine, les ménages privilégient l’épargne au détriment des achats. De quoi pousser les entreprises à baisser leurs prix pour attirer le client… au risque de rogner sur leurs marges et d’investir moins.
Pouvoir d’achat figé et salaires sous tension
L’économie française paie cher cette période d’inflation ultra-basse. Car « il est communément admis qu’il faut un minimum d’inflation pour le bien d’une économie », rappelle Sylvain Bersinger. La Banque centrale européenne vise ainsi une cible autour des 2 %, jugée propice au fameux « cercle vertueux » : prix et salaires progressent de concert. Or en France, la stagnation prévaut. Les entreprises ne prévoient que 1,7 % d’augmentation salariale médiane pour 2026 (après 2,3 % en 2025), bien moins qu’en Allemagne ou en Espagne.
Conséquence directe : le pouvoir d’achat demeure figé. Pire encore, le chômage repart à la hausse – on estime qu’il atteindra environ 7,8 %, loin du plein-emploi promis par Emmanuel Macron. Un cercle difficile à briser se forme : plus de chômage signifie moins de pression sur les salaires… et donc moins de consommation.
Divers effets inattendus… mais fragiles
Ce contexte n’apporte pas que des mauvaises nouvelles. En maintenant leurs prix à un niveau compétitif, les entreprises françaises ont profité d’un regain de compétitivité extérieure. Le déficit commercial s’est réduit à 69 milliards d’euros en 2025 contre 81 milliards l’année précédente ; la France a même enregistré un excédent historique au dernier trimestre.
Pourtant, rien n’indique que cette accalmie persistera. Comme le souligne Sylvain Bersinger, « aussi longtemps que l’inflation reste légèrement positive, il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure ». Mais avec la montée des tensions autour du détroit d’Ormuz ou les bouleversements liés à l’Iran, la hausse des prix pourrait bientôt faire son retour – avec le spectre redouté de la « stagflation », combinaison funeste d’inflation élevée et croissance nulle qui hante encore les mémoires depuis les années 1970.
Vers un nouveau cycle ?
Difficile de se satisfaire durablement : chaque répit paraît éphémère face aux soubresauts géopolitiques et économiques. Car si l’histoire récente nous a appris une chose essentielle sur l’inflation, c’est bien qu’en économie… rien ne dure vraiment.