Vivre en altitude pourrait influencer de façon inattendue le risque de développer le diabète

Image d'illustration. Analyse medicale echantillon sangADN
Des études récentes suggèrent que résider en altitude pourrait influencer de façon inattendue le risque de développer un diabète. Les chercheurs explorent le lien entre l’environnement montagnard et la prévalence de cette maladie chronique dans les populations concernées.
Tl;dr
- Vivre en altitude réduit le risque de diabète.
- Les globules rouges absorbent plus de glucose en hypoxie.
- Un médicament pourrait imiter cet effet protecteur.
Des globules rouges transformés en « éponges à glucose » en haute altitude
Au fil des années, la science avait observé que résider en altitude semblait protéger du diabète. Pourtant, l’explication exacte échappait jusqu’ici aux spécialistes. Aujourd’hui, une équipe américaine apporte un nouvel éclairage : sous l’effet d’un air appauvri en oxygène, nos globules rouges se métamorphosent pour capter bien davantage de glucose qu’à l’accoutumée.
Cette conclusion s’appuie sur des expériences menées chez la souris par les chercheurs des Gladstone Institutes, en partenariat avec l’Université du Colorado. Lorsqu’ils ont placé des rongeurs dans un environnement simulant l’hypoxie chronique, les taux de sucre sanguin ont chuté de manière spectaculaire. Mais ce phénomène n’était pas imputable aux organes habituels – foie, muscles ou cerveau – comme on aurait pu le penser.
Une adaptation métabolique méconnue enfin mise au jour
En approfondissant leurs analyses grâce à de nouvelles techniques d’imagerie, les scientifiques ont découvert que les globules rouges jouaient un rôle central et jusque-là insoupçonné dans la régulation de la glycémie. En situation d’hypoxie, ces cellules multiplient par trois leur capacité à absorber le glucose circulant. Cette capacité permet non seulement d’améliorer l’apport en oxygène aux tissus quand celui-ci fait défaut, mais aussi de réguler plus efficacement le taux de sucre dans le sang.
Plus étonnant encore, cette adaptation persiste plusieurs semaines après le retour à une atmosphère normale. Selon le biochimiste Isha Jain, il s’agit là d’un « compartiment caché du métabolisme du glucose qui n’avait jamais été pris en compte jusqu’à présent ».
Pistes thérapeutiques et perspectives évolutives
Pour aller plus loin, les chercheurs ont mis au point un médicament reproduisant chez des souris diabétiques les effets observés en altitude. Résultat : la normalisation du taux de sucre a été obtenue tant pour les modèles de type 1 que ceux de type 2. Même si ce potentiel thérapeutique reste à valider chez l’humain, ces premiers succès ouvrent la porte à une nouvelle approche contre le diabète.
Voici quelques éléments marquants issus des expérimentations :
- L’effet persiste après retour à la normale ;
- Aucune accumulation anormale n’a été constatée dans d’autres organes ;
- D’autres espèces animales présentent des mécanismes similaires.
Reste que certaines populations, comme les Sherpas, ne bénéficient pas systématiquement de ce mécanisme protecteur – probablement grâce à une adaptation génétique spécifique qui empêche leurs globules rouges d’absorber plus de glucose.
L’avenir des recherches sur l’hypoxie et la glycémie
Ces avancées suscitent autant d’espoirs que de questions. D’une part, elles pourraient aider à mieux comprendre diverses pathologies liées au manque chronique d’oxygène ; d’autre part, elles illustrent comment notre organisme module ses fonctions vitales selon son environnement. Comme le confie Isha Jain, « Ceci n’est qu’un début… il nous reste tant à explorer pour saisir comment tout le corps s’adapte aux variations d’oxygène et comment tirer parti de ces processus naturels pour traiter différentes maladies ».