Du matériel génétique humain découvert dans des dents vieilles de 2 millions d’années
Du matériel génétique humain découvert dans des dents vieilles de 2 millions d'années. Une méthode d'analyse qui pourrait apporter de nombreuses réponses.
Les plus anciennes données génétiques d’un hominidé. Rien que cela. Voilà qui serait extrêmement précieux. Cette découverte importante a été faite dans des dents fossilisées de ce qui semble être des Paranthropus robustus qui seraient vieilles de deux millions d’années. Si l’ADN se dégrade rapidement dans les climats chauds, les protéines, elles, résistent davantage. Et elles en apprennent beaucoup aux scientifiques.
Du matériel génétique humain découvert dans des dents vieilles de 2 millions d’années
Dans leur étude publiée sur bioRxiv et Nature, on peut notamment apprendre grâce à Laterina Douka, chercheuse en archéologie à l’université de Vienne (Autriche) que : « C’est un résultat incroyable. À cet âge, les restes se sont ‘presque transformés en pierre’. » C’est dans la grotte de Swartkrans, au nord-ouest de Johannesburg (en Afrique du Sud) que les échantillons ont été retrouvés et dans l’émail des dents des Paranthropus robustus, pas moins de 425 acides aminés ont pu être séquencés et examinés par spectrométrie de masse.
Les chercheurs ont notamment pu trouver de l’amélogénine-Y, protéine directement générée par un gène du chromosome Y, confirmant donc que les deux dents furent celles d’individus masculins. Les deux autres fossiles n’en ont pas, mais on a trouvé la variante chromosomique X de la protéine, suggérant donc des femmes.
Cette nouvelle découverte permet aux auteurs de former un « arbre évolutif simple » et, peut-être, de répondre enfin à la manière dont ces hominidés d’Afrique australe sont liés aux autres espèces anciennes. Les scientifiques ont pu confirmer que les hommes modernes (Homo Sapiens), de Néandertal (Homo neanderthalensis) et de Denisova (Homo denisovensis), sont davantage liés les uns aux autres qu’ils ne le sont avec les vieux paranthropes, même si tous font partie des hominidés hominiens.
Une méthode d’analyse qui pourrait apporter de nombreuses réponses
Construire un arbre évolutif à partir des données génétiques de restes anciens est une méthode qui pourrait représenter « une percée potentiellement transformatrice pour la paléoanthropologie ». Cette dernière permettrait notamment d’aider à déterminer la place d’espèces comme celle de Lucy (Australopithecus afarensis) dans l’arbre généalogique des hominiens.
Concernant l’évolution de cette branche, que l’on a aujourd’hui principalement bâtie sur la forme des os, cette technique basée sur les protéines anciennes suscite encore quelques interrogations, notamment parce que la « variabilité des protéines de l’émail est limitée ». Elle pourrait cependant s’avérer utile pour déterminer le sexe de fossiles : « Il n’est pas rare que des différences de taille basées sur le sexe soient attribuées à tort à des différences d’espèces et vice versa : les fossiles de Paranthropus robustus ont été initialement attribués aux mâles d’un autre hominidé plus petit d’Afrique australe. »
The oldest genetic data from a human relative has been found in 2-million-year-old teeth https://t.co/UEMUEEFjmf
— nature (@Nature) July 12, 2023