Un ingrédient courant des aliments et compléments associé à un risque accru de cancer du sang

Image d'illustration. Viande hachée grésillante dans une poêleADN
Une substance fréquemment présente dans l’alimentation et les compléments alimentaires attire l’attention des chercheurs après avoir été associée à une augmentation du risque de cancer du sang, selon de récentes analyses scientifiques.
Tl;dr
- Taurine favorise la croissance des cellules leucémiques.
- Bloquer son absorption freine le cancer chez la souris.
- Prudence recommandée pour les suppléments de taurine.
Leucémie : une piste inattendue dans l’alimentation
À première vue, la présence de taurine dans nos assiettes et nos boissons énergisantes semblait anodine. Or, une étude menée par des chercheurs de l’Université de Rochester, précisément au sein du Wilmot Cancer Institute, vient bousculer cette idée reçue.
Ces scientifiques ont mis en évidence que cet acide aminé, naturellement présent dans le corps et abondant dans certains aliments comme la viande, le poisson ou les œufs, pourrait jouer un rôle clé dans le développement des cancers du sang.
Taurine et progression de la leucémie : des liens révélés
Les chercheurs se sont particulièrement intéressés à la capacité des cellules leucémiques à absorber rapidement la taurine. Une fois internalisée, cette molécule stimule la glycolyse – un mécanisme essentiel permettant à ces cellules cancéreuses de produire l’énergie nécessaire à leur prolifération.
Ce phénomène concerne plusieurs formes agressives de cancer du sang, notamment la leucémie myéloïde aiguë (LMA), la leucémie myéloïde chronique (LMC) ainsi que les syndromes myélodysplasiques (MDS). Selon l’équipe, jamais auparavant le rôle promoteur de la taurine n’avait été ainsi étudié dans ce contexte.
Coup d’arrêt expérimental et pistes thérapeutiques
Ce qui intrigue tout autant, c’est qu’en bloquant génétiquement l’absorption de taurine par les cellules malades – aussi bien chez la souris que sur des échantillons humains –, les scientifiques ont réussi à enrayer leur multiplication. « Nous sommes particulièrement enthousiastes car cibler ce mécanisme ouvre une voie thérapeutique inédite contre ces maladies agressives », souligne Jeevisha Bajaj, chercheuse principale de l’étude publiée dans Nature.
Dans ce contexte, les auteurs estiment qu’il devient essentiel d’évaluer avec prudence le recours aux suppléments riches en taurine chez les patients concernés.
Incidence mondiale et perspectives
La réflexion s’inscrit d’autant plus dans un climat d’inquiétude face à l’explosion attendue du nombre de cancers : selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), leur incidence pourrait grimper jusqu’à 35 millions de cas annuels d’ici 2050 – soit une augmentation vertigineuse de 77 % par rapport à 2022. Parmi les points saillants relevés par les spécialistes :
- Métabolisme cellulaire : La reprogrammation métabolique apparaît comme une nouvelle clé pour comprendre – et peut-être contrer – la résistance des leucémies aux traitements.
- Sensibilisation : La vigilance reste de mise concernant l’usage non encadré des compléments alimentaires chez certains patients.
Il reste toutefois beaucoup à découvrir sur ce terrain méconnu. Les prochaines étapes ? Mieux cerner les taux réels de taurine chez les malades et développer des stratégies sûres pour en bloquer l’entrée dans les cellules cancéreuses.