Un expert met en garde : la percée contre Huntington pourrait être moins prometteuse qu’annoncé

Image d'illustration. Laboratoire 2ADN
Un nouvel espoir a surgi pour les patients atteints de la maladie de Huntington, avec une percée annoncée par les chercheurs. Toutefois, des spécialistes appellent à la prudence, soulignant que ces avancées pourraient ne pas tenir toutes leurs promesses.
Tl;dr
- Une thérapie génique ralentit Huntington de 75 %.
- Résultats préliminaires, à confirmer par des études plus larges.
- L’espoir renaît pour les familles, prudence toujours requise.
Un nouveau souffle dans la lutte contre la maladie de Huntington
Découvrir, dès la vingtaine ou la trentaine, que l’on porte le gène responsable de la maladie de Huntington bouleverse des vies entières. Héréditaire et inéluctable, cette affection rare — qui touche entre cinq et dix personnes sur 100 000 en Occident — provoque une lente dégradation du corps et de l’esprit, allant jusqu’à l’incapacité totale. Les symptômes surgissent souvent à l’âge mûr : mouvements involontaires, troubles cognitifs sévères, dépression… En quelques années, travailler, gérer son quotidien ou conserver son autonomie deviennent impossibles. La majorité des patients succombent dix à vingt ans après le début des manifestations.
AMT-130 : une avancée prometteuse, mais encore fragile
Depuis l’identification du gène fautif en 1993, chaque tentative de traitement ciblé a échoué. Pourtant, les espoirs renaissent avec l’annonce récente de la société uniQure. Leur thérapie génique baptisée AMT-130, administrée par infusion unique dans le cerveau via chirurgie assistée par IRM, semble ralentir la progression du mal : une baisse de 75 % du rythme du déclin a été observée chez les patients ayant reçu la dose forte. Ce virus modifié délivre un « microARN » visant à diminuer la production de la protéine toxique responsable des symptômes.
Ces données proviennent d’un essai mené sur seulement 29 patients (dont douze suivis sur trois ans), comparés à des profils similaires issus d’un registre mondial. Les résultats indiquent également moins de marqueurs de dégâts neuronaux dans leur liquide rachidien et une meilleure préservation des capacités fonctionnelles quotidiennes.
Nouvelles perspectives pour les maladies neurodégénératives adultes
Si ces conclusions sont confirmées, il s’agirait d’une première : aucune thérapie génique n’a encore réussi à démontrer un bénéfice tangible face à une maladie neurodégénérative d’apparition adulte comme Huntington. Mais attention aux raccourcis : ces résultats demeurent préliminaires, non relus par des pairs et reposent sur un groupe contrôle externe plutôt que sur une comparaison randomisée avec placebo. Le faible nombre de participants complique toute généralisation.
L’espoir prudent face à l’incertitude scientifique et réglementaire
La société uniQure vise une demande d’autorisation dès 2026. Les autorités sanitaires devront alors trancher : donner un accès anticipé aux malades malgré les incertitudes persistantes ou exiger d’autres essais plus robustes. Il faut ajouter que ce traitement nécessite une intervention neurochirurgicale lourde et pourrait atteindre des coûts supérieurs à trois millions d’euros par patient – sans compter les défis logistiques.
Pour beaucoup de familles confrontées à cette sentence génétique, le sentiment oscille aujourd’hui entre un espoir inédit et une lucidité aiguisée : seuls le temps et des études rigoureuses permettront de savoir si cette avancée marque enfin un tournant pour la prise en charge de la maladie de Huntington.