Thyroïde et narcissisme, ce que montre vraiment la recherche

Des travaux relancent une question sensible, le lien entre troubles de la thyroïde et traits de personnalité. Avec un point clé, corrélation ne veut pas dire cause.

Thyroide
Image d'illustration. Thyroide — ADN

En bref

  • Des liens ont été observés, pas une cause prouvée
  • L’hyperthyroïdie ressort plus que l’hypothyroïdie
  • La thyroïde influence aussi l’humeur et l’énergie

Un lien entre thyroïde et traits de personnalité peut intriguer. Il faut pourtant garder la tête froide. Les travaux disponibles montrent des associations, pas une preuve que des hormones déréglées transformeraient, à elles seules, quelqu’un en narcissique ou en psychopathe.

Ce que les études ont vraiment observé

La thyroïde est une petite glande située à la base du cou. Petite, mais centrale. Ses hormones pèsent sur le rythme cardiaque, la digestion, la température du corps, l’énergie et aussi l’humeur.

Environ une personne sur vingt vit avec un trouble thyroïdien. Quand la production hormonale baisse, on parle d’hypothyroïdie. Quand elle grimpe trop haut, il s’agit d’hyperthyroïdie.

Une grande étude internationale a montré que 54,2 % des personnes ayant une thyroïde peu active rapportaient davantage de traits liés à la personnalité de type D, avec du pessimisme, du stress et une forme d’inhibition sociale. Une autre étude, plus petite, menée auprès de 154 adultes, a comparé des personnes avec hypothyroïdie, hyperthyroïdie et sans trouble thyroïdien. C’est là que le signal devient plus net, les participants en hyperthyroïdie présentaient des niveaux plus élevés de psychopathie, de sadisme et, dans une moindre mesure, de narcissisme.

Pourquoi l’hyperthyroïdie attire l’attention

Ce n’est pas très surprenant sur le papier. Quand les hormones thyroïdiennes sont trop élevées, le corps tourne plus vite. Le métabolisme accélère, l’activité cérébrale aussi.

Résultat ? Cette forme de surchauffe peut compliquer la régulation des émotions et des impulsions. En gros, si l’organisme est constamment en surrégime, certains comportements peuvent devenir plus difficiles à contenir. Les chercheurs avancent cette piste, sans aller plus loin.

Ce que ces données ne permettent pas de dire

C’est le point décisif. Voir deux phénomènes évoluer ensemble ne suffit pas à dire que l’un cause l’autre.

L’exemple est simple : quand les ventes de glaces augmentent, les attaques de requins aussi. Ce n’est évidemment pas la glace qui attire les requins. Le facteur commun, c’est la chaleur, qui remplit les plages et fait grimper la consommation. Pour la recherche sur la thyroïde, la prudence doit être la même.

Pourquoi ce sujet dépasse la seule endocrinologie

Ces résultats rappellent quand même une chose. Le corps et l’esprit ne vivent pas chacun dans leur coin. Une glande qui dérègle l’énergie, la température ou l’humeur peut aussi peser sur la manière dont une personne se sent et réagit.

Mais il ne faut pas sauter une étape. À ce stade, rien ne permet d’affirmer qu’un taux trop bas ou trop élevé d’hormones thyroïdiennes suffit à provoquer, à lui seul, des traits sombres de personnalité. Ce qui se joue ici, c’est moins une explication définitive qu’un champ de recherche à suivre, parce qu’il touche à la frontière, toujours sensible, entre santé physique et comportement.

Morgan Fromentin

Spécialiste Santé

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