En bref
- The Last of Us reprend presque à l’identique le jeu original.
- Cette fidélité limite parfois les surprises pour les joueurs.
- La série brille surtout quand elle ose changer l’histoire.
Il y a un paradoxe avec The Last of Us. La série de HBO est solide, bien jouée, parfois brillante. Mais à force de coller au jeu, elle donne aussi l’impression de refaire la même chose, presque plan par plan. Et c’est là que le débat devient intéressant.
Une adaptation qui ressemble à une traduction
Sur le papier, c’est bien une adaptation. L’histoire passe du jeu vidéo à la télévision en prise de vues réelles. Sauf qu’en pratique, la série ressemble moins à une réinvention qu’à une traduction très appliquée du matériau d’origine, avec une esthétique et une progression souvent très proches.
La présence de Neil Druckmann, créateur du jeu, pèse lourd dans ce ressenti. Très impliqué dans la série, il écrit et réalise certains épisodes. Résultat, on n’a pas vraiment affaire à une nouvelle vision, mais à une transposition extrêmement fidèle. Propre, maîtrisée, mais parfois un peu trop sage.
Le poids d’une fidélité devenue obsession
Craig Mazin et Neil Druckmann ont expliqué qu’ils ne comptaient pas raconter autre chose que les jeux. Cette ligne peut se lire comme une réponse à des adaptations étirées sur plusieurs saisons, comme The Walking Dead sur AMC, ou à des séries parties loin de leur base, comme Game of Thrones quand les romans de George R.R. Martin n’avaient pas encore de fin.
Il y a aussi un réflexe très installé chez le public, celui du respect absolu de l’œuvre d’origine. Longtemps, on l’a résumé avec l’idée que le livre était meilleur. Aujourd’hui, ce jugement dépasse les romans. Comics, biopics, films adaptés en séries, jeux vidéo, tout y passe. Le moindre écart déclenche vite un procès en trahison.
Jeu vidéo et télévision, des langages désormais très proches
Le cas The Last of Us est encore plus particulier parce que le jeu ressemblait déjà beaucoup à une œuvre filmée. Chez Naughty Dog, les scènes cinématiques ne servent pas juste de colle entre deux phases de gameplay, elles portent l’essentiel de l’impact dramatique.
Les performances de Troy Baker et Ashley Johnson dans le jeu ont d’ailleurs été capturées comme celles d’acteurs au cinéma. Et même si jouer reste immersif, la narration change peu selon le niveau ou la manière de jouer. En gros, la série n’adapte pas un objet très éloigné d’elle, elle adapte quelque chose qui parlait déjà presque la même langue.
Les moments où la série surprend enfin
C’est pour ça que certaines scènes laissent un goût étrange. La mort de Tess, par exemple, reprend les mêmes circonstances et presque la même mise en place que dans le jeu. Le parcours de Joel et Ellie, puis la rencontre avec Henry et Sam, suivent aussi une route très balisée. Pour les joueurs, l’effet de surprise fond vite.
Le meilleur contre-exemple reste l’épisode centré sur Bill et Frank, incarnés par Nick Offerman et Murray Bartlett. Là, la série garde l’esprit du jeu, mais remixe son histoire pour proposer quelque chose de vraiment émouvant et moins attendu. Clairement, c’est dans cette direction que The Last of Us paraît le plus vivant.