En bref
- Le procès débute ce 10 août à Las Vegas
- Duane Davis nie avoir commandité le meurtre
- Le tireur pourrait rester inconnu
Trente ans après la mort de Tupac Shakur, le procès qui s’ouvre ce lundi 10 août 2026 à Las Vegas pourrait faire avancer la lecture judiciaire du dossier sans répondre à la question la plus connue, celle du tireur. L’accusation ne promet pas de désigner l’homme qui a ouvert le feu dans la nuit du 7 septembre 1996. Elle veut surtout démontrer que Duane Davis, dit Keffe D, a commandité le meurtre et fourni l’arme.
Un procès attendu, mais au périmètre limité
Âgé de 63 ans, l’ancien chef des South Side Compton Crips encourt la prison à perpétuité incompressible. L’audience doit durer quatre semaines, avec une première semaine consacrée entièrement à la sélection des jurés.
Le dossier reste l’un des cold cases les plus célèbres des États-Unis. Et c’est bien ce qui rend ce procès important. Il ne devrait pas solder toutes les zones d’ombre, mais il peut fixer des responsabilités pénales que l’enquête n’avait jamais réussi à établir.
La guerre des labels et des gangs revient au centre
L’affaire replonge aussi dans la rivalité entre les scènes rap de la côte Ouest et de la côte Est. Tupac Shakur, mort à 25 ans, était l’une des figures majeures de la West Coast, porté par des titres comme California Love ou All Eyez on Me. Six mois plus tard, Christopher Wallace, alias The Notorious BIG, était lui aussi tué.
Selon l’accusation, le label Death Row Records, fondé par Marion Knight, dit Suge Knight, était protégé par le gang Mob Piru. En face, Bad Boy Records, créé par Sean Combs, avait recruté pour sa sécurité l’organisation rivale dirigée par Duane Davis.
Après un combat de Mike Tyson au MGM Grand, Suge Knight et Tupac Shakur auraient frappé Orlando Anderson, neveu de Duane Davis, accusé d’avoir arraché un médaillon à un employé de Death Row. Pour l’accusation, c’est là que se noue le mobile de la vengeance.
Des aveux publiés puis contestés
Pendant des années, l’enquête a patiné faute de preuves. Elle a repris de la force après la publication, en 2019, des mémoires de Duane Davis.
Il y affirme qu’il se trouvait à l’avant de la Cadillac blanche d’où sont partis les tirs mortels. Il raconte aussi avoir transmis un pistolet vers la banquette arrière, sans nommer le tireur. Tous les autres passagers du véhicule sont morts depuis. Ces éléments, ajoutés à des entretiens plus anciens accordés à la presse, ont conduit à son arrestation en septembre 2023.
Mais aujourd’hui, Duane Davis plaide non coupable. En mars 2025, il assurait à ABC News « Je suis innocent. Je n’ai jamais tué personne ». Il soutient aussi qu’il était à Los Angeles le soir du crime et accuse son co-auteur d’avoir romancé ses mémoires pour des raisons commerciales.
Pourquoi l’affaire laissera sans doute des zones d’ombre
Avant l’ouverture des débats, ses avocats ont tenté d’écarter le livre et un interrogatoire de police de 2008. Ils n’ont pas obtenu gain de cause.
Et quel que soit le verdict, les proches de Tupac Shakur risquent de rester sur leur faim. En mai, son demi-frère a déposé une plainte au civil en estimant que d’autres personnes impliquées n’avaient toujours pas répondu de leurs actes. Le texte cite aussi une mini-série documentaire dans laquelle Duane Davis affirme, lors d’un interrogatoire, que Sean Combs lui aurait proposé un million de dollars pour faire tuer Tupac Shakur.