En bref
- Sony a construit son univers Spider-Man sans Spider-Man, en développant des personnages dont beaucoup sont pourtant étroitement liés au héros.
- Les succès de Venom ont masqué les failles du projet, tandis que Morbius, Madame Web et Kraven ont confirmé ses difficultés.
- À force de multiplier les projets et les connexions artificielles, l’univers Spider-Man de Sony n’a jamais vraiment trouvé de direction cohérente.
Sept ans, plusieurs films, et une impression tenace, Sony n’a jamais vraiment trouvé la bonne formule pour son univers lié à Spider-Man. Le plus frappant, c’est que l’ensemble reposait sur une idée tordue dès le départ, faire exister ces personnages sans le héros auquel ils sont attachés.
Un univers lancé avec son héros absent
Le cas Venom résume tout. Dans les comics, le personnage fonctionne en miroir de Spider-Man, presque en opposition permanente. Le retirer de cette équation, c’était enlever une bonne partie de sa raison d’être, sur le fond comme dans la mécanique de franchise.
Et pourtant, Sony a suivi cette voie alors que l’ère Andrew Garfield était terminée et que Marvel Studios gérait déjà la version portée par Tom Holland. Résultat, un univers dérivé privé de son centre de gravité. Pas idéal pour lancer une saga.
Le succès de Venom a masqué les vraies failles
Le paradoxe, c’est que Venom a très bien marché. Le film de 2018 a rapporté 856 millions de dollars dans le monde, malgré un accueil critique très mauvais. Pour un studio, le message pouvait sembler simple, continuer.
Sauf que ce carton ressemblait aussi à un avertissement mal lu. Le film profitait du poids de la marque et d’une curiosité initiale. En Chine, il a particulièrement surperformé, aidé par une campagne locale et par des mèmes viraux. Sony a visiblement retenu que le marketing pouvait suffire. Clairement, la suite a montré l’inverse.
Morbius, symbole d’une stratégie qui force les raccords
Avec Morbius, les décisions discutables se sont accumulées. D’abord le choix de Jared Leto, acteur coûteux et clivant, pour un personnage qui n’avait rien d’un pari évident. Ensuite une bande-annonce montrant une image de Spider-Man sous le mot meurtrier, alors que ce plan n’apparaît pas dans le film.
Le réalisateur Daniel Espinosa a expliqué que cette image avait été tournée sans son intervention et qu’elle ne faisait pas partie du film qu’il essayait de faire. Puis est venue la scène post-générique avec le Vautour de Michael Keaton, importé via le multivers de Spider-Man: No Way Home, alors même que la logique scénaristique tenait à peine debout.
Comme si ça ne suffisait pas, Sony a ressorti Morbius au cinéma après l’explosion des mèmes autour de « Morbin ». Mauvais calcul, la reprise n’a rapporté que 300.000 dollars au total.
Madame Web, El Muerto, Kraven, Knull, la fuite en avant
La fin de parcours a prolongé cette confusion. Madame Web, portée par un personnage jamais installé comme figure solo majeure, a aussi échoué au box-office malgré un budget de 100 millions de dollars. En parallèle, Sony a développé El Muerto, obscure figure apparue dans seulement deux comics, avec Bad Bunny envisagé en tête d’affiche.
Même les idées potentiellement fortes ont été mal exploitées. Rhys Ifans, ancien Lézard de The Amazing Spider-Man, apparaît dans Venom: The Last Dance comme un simple inconnu. Knull, grand vilain des comics, n’y est presque pas utilisé. Et Kraven, comme Venom ou Morbius, a été éloigné de sa vraie noirceur de méchant.
Au bout du chemin, le projet des Sinister Six, longtemps imaginé par le studio, n’a jamais abouti. C’est sans doute le meilleur résumé de cet univers, beaucoup d’annonces, quelques coups de com’ et, au milieu, un vrai problème de vision.