L’humanité s’invite subtilement dans Avatar
Image d'illustration. Avatar20th Century Fox / PR-ADN
Les Na’vis, le peuple extraterrestre imaginé pour l’univers d’Avatar, s’étaient d’abord vus attribuer des comportements gestuels distincts de ceux des humains, une singularité qui a finalement été abandonnée au fil du développement du film.
Tl;dr
- La présence de Jake Sully et de sa famille perturbe la vie des Na’vi et attire les attaques humaines.
- Les enfants et gestes humains s’intègrent progressivement dans la culture Na’vi, modifiant leurs coutumes et expressions.
- Cette adaptation résulte autant de choix narratifs que d’une influence humaine croissante sur Pandora.
Un choix, mais aussi une nécessité
S’il est un fil conducteur discret mais tenace dans la saga Avatar, c’est bien l’influence grandissante de Jake Sully sur le peuple Na’vi. Ce protagoniste, incarné par Sam Worthington, s’est imposé dans la vie de Pandora — non sans conséquences. Malgré ses intentions affichées de protection, sa simple présence a précipité attaques humaines et destruction de villages. Pire encore, sa famille avec Neytiri (Zoe Saldaña) n’a cessé d’être traquée, leur déplacement devenant systématique au gré des menaces venues de la Terre.
Entre adaptation et contamination culturelle
Ce phénomène ne se limite pas aux aspects militaires ou environnementaux. De façon plus insidieuse, l’empreinte humaine se glisse dans les moindres détails du quotidien Na’vi. Les enfants de Jake, porteurs d’un ADN partiellement humain — rappelons que les avatars sont créés à partir d’ADN humain — arborent par exemple cinq doigts à chaque main, là où le standard Na’vi en compte quatre. Plus troublant encore : certains gestes humains, naguère totalement absents du répertoire corporel local, s’invitent désormais dans la culture du peuple bleu.
Au fil des trois opus réalisés par James Cameron, on observe l’apparition subtile de signes venus d’ailleurs : hochements de tête pour signifier « oui », haussements d’épaules ou autres mimiques universelles.
L’artifice derrière l’intégration des gestes humains
Mais cette évolution répond-elle seulement à une logique narrative ? Selon le livre « The Making of Avatar: Avatar, Avatar: The Way of Water, Avatar: Fire and Ash » signé par Joe Fordham, il s’agit avant tout d’un ajustement pragmatique. Le cinéaste avait initialement conçu les Na’vis comme un peuple aux coutumes et gestes radicalement distincts des Terriens : ni hochements pour marquer l’assentiment, ni pouces levés en signe d’approbation. Ainsi qu’il le détaille : « Nous avions établi certaines règles pour les Na’vis… L’assentiment passait par la tête inclinée en arrière et un claquement de langue sur le palais ; fermer brièvement les yeux valait engagement solennel. »
Or, sur le plateau et face aux exigences dramatiques, ces principes rigoureux ont parfois dû céder devant l’efficacité. La lisibilité émotionnelle prime lorsque les spectateurs — humains eux aussi — doivent saisir immédiatement ce qui se joue à l’écran.
Voici donc comment certains réflexes universels ont été discrètement intégrés :
- Gestes simplifiés pour accentuer l’impact émotionnel.
- Mouvements adaptés pour éviter toute confusion auprès du public.
- Effacement progressif des distinctions au profit de l’immersion narrative.
Pandora devient-elle trop humaine ?
Dans Avatar: De feu et de cendres, ce mélange atteint un nouveau palier. On découvre ainsi que le jeune humain Spider (Jack Champion) tisse un lien direct avec Eywa grâce à un mystérieux champignon lui permettant de respirer l’air local et d’accéder à des visions psychiques similaires aux Na’vis. Et si Jake Sully voulait préserver la pureté originelle de Pandora… il semblerait bien que chaque pas rapproche ce monde fabuleux d’une forme d’humanité inévitablement intrusive.