En bref
- Constantin Film avait commandé un film des Quatre Fantastiques pour éviter de perdre les droits de la franchise.
- Malgré un tournage achevé et un casting complet, Marvel fait annuler sa sortie pour protéger l’image des héros.
- Le film finit par circuler clandestinement et entre progressivement dans l’histoire des adaptations Marvel.
En 1994, Marvel a eu un film terminé des Quatre Fantastiques. Et personne ne l’a vraiment vu au cinéma. La raison est moins artistique qu’industrielle, avec une histoire de droits qui dit beaucoup sur la manière dont les adaptations se jouaient avant l’ère des blockbusters super-héroïques.
Un film fabriqué d’abord pour garder la main
Tout remonte à 1986. Cette année-là, Bernd Eichinger récupère, via Constantin Film, les droits cinéma des Quatre Fantastiques. Problème, il faut lancer la production avant décembre 1992, sinon ces droits repartent chez Marvel.
Faute de grand studio prêt à financer le projet, Bernd Eichinger se tourne vers Roger Corman, connu pour ses films à petit budget. Le tournage est confié à Oley Sassone, en Californie, et bouclé en 21 jours. Budget annoncé, environ un million de dollars. Pas exactement les standards du MCU.
Une équipe complète, sans savoir ce qui se jouait vraiment
Le plus étrange, c’est que le film n’était pas une ébauche abandonnée. Il existait bel et bien, avec décors, costumes et casting complet. Alex Hyde-White jouait Reed Richards, Rebecca Staab incarnait Sue Storm, Jay Underwood prenait le rôle de Johnny Storm, Michael Bailey Smith celui de Ben Grimm, et Joseph Culp celui de Doctor Doom.
Certains membres de l’équipe ont même participé à des opérations de promotion. Ils pensaient défendre une vraie sortie en salles. En réalité, le film avait déjà rempli sa mission principale avant même qu’un billet ne soit vendu.
Un scénario réécrit autour d’un faux remplaçant
Le long métrage Les Quatre Fantastiquesmodifiait aussi l’histoire du groupe. Le producteur ne détenait pas les droits nécessaires pour utiliser Mole Man. À la place, il crée The Jeweler, un personnage qui collectionne les bijoux et vit dans un repaire souterrain, dans les égouts.
C’est lui qui vole le grand diamant de Reed Richards, censé protéger le vaisseau spatial, et le remplace par un faux. Les boucliers lâchent, les héros sont frappés par les rayons cosmiques, puis The Jeweler enlève Alicia Masters. Le récit se partage ensuite entre ses manigances et les plans de Doctor Doom pour éliminer les 4 Fantastiques.
Le film bloqué, puis recyclé en objet culte
La sortie a fini par capoter. D’après les informations rapportées à l’époque, Avi Arad, dirigeant de Marvel, craignait qu’un film aussi fauché abîme l’image de la franchise Les Quatre Fantastiques. Il aurait alors racheté les éléments du film à Bernd Eichinger pour empêcher son arrivée en salles. La première prévue est annulée, et la promo s’arrête net.
Mais le film n’a pas totalement disparu. Des copies ont circulé sur des VHS pirates, puis en version numérique. En 2015, le documentaire Doomed: The Untold Story of Roger Corman’s The Fantastic Four est revenu sur cette production et son destin improbable. Avec ses effets bricolés et ses limites évidentes, ce film raté pour les salles a quand même gagné une petite place dans l’histoire comics. Parfois, les curiosités survivent mieux que les plans bien carrés.